César & Techniques 2026 : Archipel et Polyson au firmament de la filière

Le lundi 12 janvier 2026, l’Académie des César a ouvert le bal de sa saison de récompenses en honorant l’excellence technique du cinéma français.
Les deux sociétés lauréates © Nathalie Klimberg

 

Une soirée placée entre hommage aux « métiers de l’ombre » par le président du CNC, Gaëtan Bruel, et célébration de l’entrepreneuriat et de l’innovation made in France, avec Archipel Productions, lauréat du prestigieux Trophée César & Techniques, et Polyson Post-Production, distingué par le Prix de l’Innovation.

 

Un vibrant hommage aux « bâtisseurs de récits »

Pour la première fois, Gaëtan Bruel, président du CNC, a pris la parole en ouverture de cette soirée devenue un rendez-vous incontournable pour les industries techniques du cinéma. Dans un discours tourné vers l’avenir, il a rappelé que sans technique, il n’y a pas d’art.

Un propos fort, placé sous le signe du temps long, de l’innovation et de la reconnaissance des métiers techniques.

« Vos métiers que l’on dit de l’ombre sont le socle de toute la filière. Ce sont eux qui permettent aux récits de prendre forme », a affirmé Gaëtan Bruel, évoquant notamment Emilia Perez de Jacques Audiard, exemple emblématique d’une esthétique indissociable des outils techniques qui l’ont rendue possible.

Le président du CNC a replacé la filière technique dans une perspective plus large, marquée par des transformations profondes : augmentation des volumes de production, diversification des formats, hybridation croissante entre images réelles et images numériques, montée en puissance de l’intelligence artificielle. Autant de mutations qui font entrer le cinéma dans une phase de réinvention comparable, par son intensité, à celle de l’invention du médium il y a plus de 130 ans.

Il a également souligné l’importance de l’investissement public, notamment via France 2030, et insisté sur trois lignes directrices devant guider la filière :

  • la nécessité de raisonner dans le temps long ;
  • l’intégration désormais totale des technologies numériques aux pratiques traditionnelles ;
  • l’impératif de produire de manière plus responsable, à la fois écologiquement et économiquement.

Un message clair : innovation et capacité d’adaptation sont aujourd’hui des conditions essentielles de la pérennité de l’industrie cinématographique.

 

Gaëtan Bruel, Président du CNC © Nathalie Klimberg

 

Archipel Productions : 44 ans d’excellence et de fidélité humaine

Le Trophée César & Techniques 2026 a été remis à Archipel Productions, structure historique de la post-production française, qui a su évoluer avec son temps sans perdre son ADN de proximité. Autour de son gérant Pierre-Yves Gauthier et de ses directeurs techniques Matthieu Pradeau et Charles Le Morvan, la société a été plébiscitée par 1 580 professionnels du secteur.

Historiquement ancrée dans le son, Archipel est aujourd’hui devenue un laboratoire complet image et son, proposant des solutions de montage, d’étalonnage et de mixage.

Sur scène, Pierre-Yves Gauthier, accompagné de ses associés, a livré un discours empreint d’émotion et de reconnaissance collective. Il a rappelé que derrière Archipel se cache avant tout une aventure humaine : un trio et une équipe soudée, attachés à des valeurs de fiabilité, de compétence technique et d’engagement.

« Archipel va bientôt fêter ses 44 ans. Malgré son grand âge, c’est une société qui a su relever les défis », a-t-il déclaré.
« Nous sommes restés une petite structure qui met en avant la fiabilité technique, mais avant tout la capacité humaine », a-t-il ajouté, soulignant que « de ses débuts centrés sur le son à l’élargissement vers des solutions complètes de laboratoire image et son, l’entreprise a su évoluer sans renier son ADN ».

 

Pierre-Yves Gauthier, Gérant d’Archipel Productions © Nathalie Klimberg

 

Polyson Post-Production : l’innovation au service du regard

Du côté de l’innovation, Polyson Post-Production s’est imposée lors de cette édition 2026 des César & Techniques, remportant son sixième trophée. Longtemps identifiée pour son expertise sonore, l’entreprise est cette année récompensée pour son virage vers l’image et le développement de deux outils innovants : Diachromie et Diaphanie.

Ces applications permettent de travailler le look de l’image dès le plateau et tout au long de la chaîne de fabrication. Loin d’un simple effet de vitrine technologique, elles visent à rouvrir des espaces de discussion autour de l’intention visuelle, du regard et de l’esthétique.

En recevant leur prix, Charles Bussienne et Nicolas Naegelen, dirigeants de Polyson, ont tenu à rappeler que l’innovation est avant tout une aventure humaine et collective.

« Ce prix vient distinguer deux outils qui parlent moins de technologie que de regard », a expliqué Charles Bussienne.
« Dans un monde d’images de plus en plus normé, ces outils proposent de rouvrir des espaces de discussion et de décomposer une intention visuelle ».

Il a également insisté sur le fait que la recherche et le développement exigent du temps, de la patience et une confiance forte entre les équipes, ainsi que des rencontres déterminantes entre techniciens, chercheurs et chefs opérateurs. Ces innovations illustrent ainsi une vision de la post-production où l’outil sert avant tout le regard et l’intention artistique.

 

L’équipe de Polyson © Nathalie Klimberg

 

Une filière résiliente et unie

Décernées à l’issue d’un vote sécurisé sous contrôle de commissaire de justice, ces deux récompenses témoignent de la vitalité d’une filière technique à la fois solide, innovante et pleinement consciente des défis à venir.

Alors que les technologies numériques fusionnent avec les savoir-faire traditionnels, les lauréats 2026 démontrent que l’industrie technique française détient plus que jamais les clés de la transformation du cinéma.