Au coeur de « J’ai perdu mon corps », Cristal du long-métrage du Festival d’Annecy

J’ai perdu mon corps, qui vient de remporter le Cristal du Long Métrage - récompense suprême du Festival d'Annecy - est l'oeuvre du réalisateur Jeremy Clapin. Ce premier long métrage d’animation du réalisateur est aussi une première pour son producteur Marc Dupontavice… Le fondateur de Xilam a, en effet, jusqu’à présent fait de la série d’animation son cœur d’activité en surfant notamment sur le succès d’Oggy et les cafards, série TV pour les enfants qui représente un succès international depuis plus de 20 ans. Marc Dupontavice a profité ici de sa maturité professionnelle pour défricher un nouveau territoire : celui de l’animation pour adultes en explorant un univers visuel très éloigné de son quotidien et en s’appuyant sur un nouveau pipeline. En route pour une visite des coulisses du film…
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Un développement à partir d’un roman…

J’ai perdu mon corps est une adaptation du roman de Guillaume Laurant, Happy Hand à l’initiative de Marc Dupontavice. Le producteur s’est notamment tourné vers Jéremy Clapin car ce dernier avait réalisé en 2008 Skhizein, un court métrage d’animation relatant l’histoire d’un homme qui, frappé par une météorite se retrouve décalé à 91 cm de son corps devenu invisible. Cette thématique présentait quelques similitudes avec J’ai perdu mon corps, dont le postulat de départ s’appuie sur l’histoire d’une main coupée qui s’échappe d’un labo, bien décidée à retrouver son corps…

 

Une animatique pour démarrer le projet

Jeremy Clapin opte pour la production d’une animatique très en amont du projet… « Je savais que j’allais avoir besoin de ce brouillon animé pour mieux appréhender le personnage de la main, pour développer le langage graphique et la grammaire du mouvement. De plus, il était impossible que tout le monde ait la même vision du projet en consultant seulement un script car l’animation peut apporter énormément de choses impossibles à décrire par des mots dans un scénario. Nous avons donc fabriqué cette animatique de 10 minutes qui a tout de suite remis en cause certaines parties du scénario et nous a permis de trouver au final des réponses narratives beaucoup plus riches. S’en est suivi un « ping-pong », extrêmement précieux pour moi et Marc, entre l’animatique et le scénario. Nous avions d’ailleurs d’emblée prévenu toute l’équipe que l’animatique continuerait à bouger jusqu’au dernier moment. Cela m’a permis de déterminer les scènes qui fonctionnaient le mieux, et bien sûr ce sont celles-là dont nous avons lancé la fabrication de l’animation en premier… »

 

Une approche qui mixe le dessin à la main et la 3D…

« Contrairement à un court-métrage d’animation, où l’auteur travaille relativement seul, lorsqu’on travaille sur un long métrage, on doit rationaliser autant que possible le travail des équipes. C’est indispensable pour mener à bien le projet dans le temps et avec le budget impartis. Mais je savais que parfois, l’artistique est sacrifié au profit de cette optimisation : le trait devient trop lisse, il n’y a plus d’aspérités. Et dans ce cas, tout ce qui constitue pour moi le charme du dessin animé disparaît or je souhaitais un film « fait main », à la fois brut et cinématographique, qui s’adresse à un public adulte. Je voulais que la fragilité et la spontanéité du dessin soient sa force, et disposer de moyens techniques qui me permettraient d’injecter ou d’éliminer du détail, de devenir plus ou moins pictural selon mes envies. Mon but était de représenter un monde dessiné à mi-chemin entre le tangible et l’imaginaire.

 

J’ai donc opté pour des techniques mixtes, avec de la 2D et de la 3D. Les personnages et les décors ont été modélisés en 3D, puis animés. Le tout a été retracé, corrigé et amélioré par des artistes, des décorateurs et des animateurs 2D. Heureux hasard du calendrier, quelques mois seulement avant la mise en production du film, et alors que je cherchais encore la meilleure solution technique pour le fabriquer, j’ai découvert un outil révolutionnaire. J’avais déjà utilisé Blender – qui est un logiciel gratuit, en accès libre sur le web – pour réaliser mes courts-métrages, mais j’ai découvert ensuite Grease Pencil (crayon gras) un outil d’animation 2D, intégré à Blender qui permet de dessiner directement sur des éléments en 3D, qu’il s’agisse de modélisations de personnages ou de décors. Grâce à ce nouvel outil, nous avons gagné beaucoup de temps et de précision au moment du dessin de l’animation 2D. Sans cet outil, je pense que nous n’aurions pas pu parvenir à un tel résultat, ou en tous cas pas de cette manière directe et assez rapide », explique le réalisateur.

  

Une approche de l’animation également basée sur la rotoscopie…

« Je voulais une animation réaliste, loin des codes cartoon ou sur-joués de la grande majorité des films d’animation. Nous avons enregistré les voix des acteurs tout en les filmant, pour obtenir des références visuelles de leurs gestes. Ils prenaient les poses de leurs personnages en jouant les situations, mais comme il s’agissait d’un tournage limité à 5 jours, je me suis vite rendu compte que les comédiens ne pourraient pas me faire assez de propositions gestuelles efficaces pour alimenter l’intégralité du film. Ce n’était pas un problème en soi, car le travail d’un animateur consiste aussi à être inventif et à créer ce qu’il faut animer au bon moment. Nous n’avons donc jamais été dépendants de ces références vidéo du jeu des acteurs, je les donnais à l’animateur seulement quand elles étaient intéressantes. Sinon, je faisais un point avec l’animateur pour lui décrire mes intentions de jeu, souvent en me filmant moi-même, et le modèle 3D du personnage était animé en fonction… Il n’était pas question de faire « bêtement » de la rotoscopie si cela n’apportait rien à la dramaturgie », détaille Jérémie Clapin. 

 

Une animation produite dans trois studios éloignés géographiquement…

La production du film s’est déroulée à Paris, à Lyon et sur l’île de la Réunion… « Des réalisateurs m’ont raconté avoir perdu une partie du contrôle de leurs films en se voyant imposer par la coproduction des équipes ou des studios qu’ils ne connaissaient pas. Comme je voulais éviter que nous puissions nous retrouver dans une telle situation, j’ai imaginé une manière de morceler le travail de fabrication pour m’assurer que je garderai la maîtrise de ma réalisation. Tout a été segmenté en bonne intelligence en amont: la préproduction artistique, le storyboard et l’animatique ont été faits à Paris, chez Xilam. Après il y a eu l’étape du layout 3D, effectuée par le studio Xilam de Villeurbanne, près de Lyon. A cette étape nous avons pendant découpé le film plan par plan, choisit les angles et les mouvements de la caméra, et mis les personnages en place dans les décors. Et ensuite, ces layouts préparatoires de plans ont été envoyés au studio Gao Shan situé sur l’île de la Réunion, et là ils ont été animés en 3D. J’ai pu m’y rendre 2 fois pour superviser le travail des équipes avec David Nasser, le directeur 3D sur place. Ensuite c’est à nouveau le studio Xilam de Lyon qui s’est occupé de réaliser tous les dessins des animations 2D. Et finalement c’est à Xilam Paris que s’est effectué le compositing qui a permis d’obtenir l’image définitive du film », récapitule le réalisateur…

  

Un accord de distribution mondial entre Xilam Animation et Netflix a été officialisé pendant le Festival de Cannes où le film a déjà reçu le Grand Prix de la Semaine de la Critique. La première plateforme SVOD au monde a obtenu les droits de distribution mondiale à l’exclusion de la France, le Benelux, la Turquie et la Chine. Le film sortira en salles de cinéma dans plusieurs territoires en novembre prochain, notamment la France, les Etats-Unis et l’Angleterre.

 

Avec un budget de 4,8 millions d’euros, J’ai perdu mon corps a déjà été rentabilisé par la vente de Netflix qui a déjà annoncé son intention d’apporter au film tout son soutien durant la campagne des Oscars. Mais il ne s’agit là que du début de l’aventure comme le souligne Marc Dupontavice : « Ce film a été produit au départ comme un objet de recherche pour défricher le segment du marché de l’animation pour adulte, un secteur qui prend son envol sur les plateformes américaines et sur lequel nous comptons nous développer… Cette vente à Netflix nous a démontré que la salle de cinéma n’est plus le seul espace de distribution pour l’animation. En outre, le projet a été l’occasion de mettre en place un pipeline open source novateur que nous comptons bien exploiter ultérieurement…».

 

J’ai perdu mon corps – qui sortira sur les écrans français le 6 Novembre – sera projeté dans la Grande Salle du Festival d’Annecy le 13 Juin

  

 

SYNOPSIS

A Paris, Naoufel tombe amoureux de Gabrielle. Un peu plus loin dans la ville, une main coupée s’échappe d’un labo, bien décidée à retrouver son corps. S’engage alors une cavale vertigineuse à  travers la ville, semée d’embûches, et des souvenirs de sa vie jusqu’au terrible accident. Naoufel, la main, Gabrielle, tous trois retrouveront, d’une façon poétique et inattendue, le fil de leur histoire…

 

Fiche technique et artistique :

RÉALISATEUR

Jérémy Clapin

 

PRODUCTEUR

Marc du Pontavice

 

SCÉNARIO

Jérémy Clapin, Guillaume Laurant

 

STORYBOARD

Jérémy Clapin

Quentin Reubrecht

Julien Bisaro

Maïlys Vallade

Loïc Espuche

 

SUPERVISEUR 3D

Pierre Ducos

 

ANIMATION

David Nasser, Mathieu Chaptel

 

DECORS

Fursy Teyssier, Jeoffrey Magellan

 

COMPOSITING

David Says

 

MONTAGE

Benjamin Massoubre

 

SON

Manuel Drouglazet au Sound Design

Anne-Sophie Coste au Montage Son

Jérôme Wiciak au Mixage

 

PRODUCTRICES EXECUTIVES

Camille Wiplier et Lucie Bolze

 

PRODUCTION

Xilam Animation

 

CO-PRODUCTION

Rhône-Alpes Cinéma

 

DISTRIBUTION

Rézofilms