FIPA 2018 : « The Staircase »… Quand la réalité dépasse la fiction !

Vendredi et Samedi dernier, le Fipa diffusait sur le grand écran du Casino Municipal de Biarritz l’intégralité de The Staircase (Soupçons), soit 13 épisodes de la série-documentaire signée Jean-Xavier de Lestrade, avec la projection en avant-première des 3 derniers épisodes inédits. La production de cette série d’investigation, dont la complexité de l’intrigue surpasse bien des scénarios de fiction policière a débuté en 2002 pour s’achever en 2017. Retour sur une épopée à la puissance narrative hors du commun…
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Publié le 30/01/2018

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The Staircase raconte le destin de Mickaël Peterson, un ancien marine devenu écrivain à succès qui est accusé du meurtre de son épouse. Celle-ci a été retrouvée morte à leur domicile la nuit du 9 décembre 2001 suite à une violente chute dans les escaliers…

Au final, Jean-Xavier de Lestrade va suivre pendant 15 ans le travail des enquêteurs, de la police, des procureurs, du juge et porter un regard sur le travail minutieux de l’avocat de la défense en vue d’un premier procès. Malgré l’absence de mobile et de preuve, le verdict semble scellé… mais les rebondissements iront au delà tout ce qui est concevable et l’expression « L’imagination dépasse la fiction » semble avoir été inventé pour cette saga !

 

Susciter l’engagement au travers de causes complexes…

Jean-Xavier de Lestrade sait d’instinct choisir des sujets qui d’emblée rencontrent une adhésion et il affectionne particulièrement les fresques judiciaires…

Ainsi, en 2000, il réalise La justice des hommes, un documentairesur le génocide rwandais. Pour ce film, Il suivra pendant cinq semaines une jeune avocate qui défend les criminels et il obtiendra le Prix Albert-Londres.

Puis il remportera un Oscar du meilleur film documentaire en 2002 pour Un coupable idéal, un documentaire cette fois-ci consacré à l’histoire d’un adolescent noir accusé à tort du meurtre d’une touriste en Floride.

Le réalisateur s’orientera ensuite sur un nouveau fait divers en phase de jugement… C’est The Staircase. Ce projet, envisagé au départ comme un long métrage de 1h50, se transformera rapidement en série…

« Lorsque j’ai terminé la première partie de The Staircase, en septembre 2004, j’étais dans le même épuisement psychologique et émotionnel que David Rudolf l’avocat de Michael. Et j’avais pris l’engagement secret de ne plus jamais tourner de documentaire… Pourtant cette histoire me collait à la peau. Je suis allé voir Michael en prison à plusieurs reprises et je n’ai jamais cessé d’être hanté par le mystère de la mort de sa femme Kathleen. Dix ans plus tard, et c’est la force inouïe du réel, un rebondissement incroyable allait m’obliger à me remettre sur le chemin du documentaire. Je me devais de suivre cette histoire jusqu’en 2017, jusqu’au bout. »  commentait récemment Jean-Xavier Lestrade qui, dans sa quête de vérité, a su conquérir une audience internationale…

 

La série documentaire au service de la puissance narrative

« Quand il a reçu son Oscar pour Un coupable idéal, Jean-Xavier de Lestrade s’est vu commander un film par HBO. Après avoir observé le système judiciaire américain du côté des pauvres, il souhaitait s’intéresser à l’autre versant, c’est à dire la justice vis-à-vis des riches. Il a longuement cherché avant de trouver l’affaire Peterson… Nos coproducteurs nous avaient demandé de trouver une histoire qui avait du potentiel avec plusieurs fils rouges : judiciaire, sociétal, historique… Et, je dois dire que nous n’avons pas été déçus ! », explique Matthieu Belghiti, producteur exécutif via What’s Up films.

 

Une efficacité qui tient beaucoup au montage…

« Nous avons débuté le montage pendant le tournage. Le procès étant retardé, l’équipe a commencé à accumuler du matériel filmique bien au delà de la collecte des témoignages de l’accusation et de la défense. Lorsque Jean-Xavier est revenu en France, nous avions 800 heures de rushes et un matériel filmique formidable… Alors l’évidence s’est imposée : nous ne pouvions pas rester dans un format unitaire », se souvient Sylvie Brunet, monteuse de la série depuis le premier épisode. Il a fallu alors argumenter convaincre Canal+, coproducteur TV de la série.

« Staircase place le téléspectateur au cœur de ce qui se passe. Le réalisateur est entré dans une relation de proximité avec tous les protagonistes : Il a pu filmer des réunions d’experts mais aussi des fêtes de famille… Face à cette pléthore d’images, pour les huit premiers épisodes nous avons dû appeler un monteur en renfort. Celui-ci s’est occupé des séquences du procès et moi je me suis concentrée sur les moments plus intimes. C’est à partir de l’épisode 4 que l’on rentre vraiment dans le procès mais pour éviter un sentiment d’étouffement nous avons alterné le montage avec des séquences à l’extérieur de la cour de justice. » détaille la monteuse.

« Lorsqu’en amont, Jean-Xavier a rencontré le procureur qui lui a déclaré : Peterson est bisexuel, donc il est coupable. Il a entrevu que l’accusé était jugé pour ce qu’il était et non ce qu’il pouvait avoir fait, à partir de ce moment, il a sû qu’il voulait suivre ce procès !». Il conclut : « Les sujets juridiques offrent un potentiel très fort en termes de dramaturgie mais il faut toujours se démener pour trouver le bon sujet ! Le système judiciaire américain nous a autorisé à tourner avec 2 à 3 caméras pendant le procès ce qui était inconcevable en France. Cette liberté a évidemment contribué à l’aboutissement et au succès de la production… » 

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