Interview de Antoine de Clermont Tonnerre – Président de MACT PRODUCTIONS, ancien Président d’UNIFRANCE (Partie 2)

"Il n'était pas écrit, que je devienne producteur. J'ai commencé par servir l'Etat après mes études à l'ENA. En fait, finalement, je suis resté 15 années dans la fonction publique. J'ai eu d'ailleurs la chance de collaborer avec un grand Ministre de la Culture, Jacques Duhamel. Et c'est à ce moment-là que ma carrière a commencé à se dessiner"...
ca799c3c70cb8eac9ab96b4e08b0da03.jpg

Publié le 06/01/2014

ca799c3c70cb8eac9ab96b4e08b0da03.jpg

Antoine de Clermont Tonnerre

 

 

Quel regard portez-vous sur le métier de producteur, aujourd’hui ?

Il y a aujourd’hui, deux façons de faire de la production. Celle de s’adosser à un groupe, donc de fabriquer et produire pour ce même groupe. Dans ce cas, les producteurs sont bien rémunérés mais ne gardent pas la propriété du film.

Le groupe finance et bénéficie de la majorité des droits sur le film. Une autre façon de faire de la production (plus compliquée et dangereuse), est ce que nous faisons. Cela nous permet, aussi, de conserver la quasi-totalité des droits du film et, cela demande de financer le développement du film de façon indépendante. Nous avons un catalogue de 50 films à notre actif en propriété surtout des films d’auteurs. Nous avons veillé à rester dans des budgets raisonnables de production, afin de garder le contrôle sur les droits du film.

MACT est une petite structure, nous sommes présents et responsables à tous les niveaux de la chaîne de la production. Déjà à l’écriture du scénario avec l’auteur et le réalisateur, ensuite pour le choix des acteurs et des grands techniciens du film avec le réalisateur et, enfin pour l’élaboration du devis de production et des choix de tournages. Le montage financier du film se fait en dernier.

Quand toutes ces étapes sont finalisées, le film devient celui du réalisateur. Notre métier consiste à lui donner dans le cadre du budget les meilleurs moyens ajustés au film. Lorsque nous sommes producteur délégué, nous sommes présents sur le tournage.

 

J’ai appris d’Alexandre Mnouchkine que si la présence des producteurs passait pour inutile sur un tournage ; lorsqu’ils n’étaient pas là, bizarrement, les problèmes surgissaient… Et je l’ai vérifié, les différents égos qui sont confrontés dans un film justifient que la production soit présente pour contrôler et garder le cap. Ensuite, la post-production (le montage, le mixage ou le choix de la musique) est fondamentale et stratégique.

L’intimité et la confiance sont essentielles entre le producteur et le réalisateur. Il y a, dans toutes ces étapes, des moments de joies mais aussi de doutes. La réussite d’un film est excessivement subtile.La présence, l’amitié, la connivence et la compréhension sont très importantes.

Le producteur doit comprendre un scénario et la pensée du réalisateur ; il doit être capable d’avoir des ressources intellectuelles pour se mettre à son niveau.

 

La beauté de ce métier réside dans le fait que chaque film est différent. L’avantage d’être deux sur un tel projet, est que l’on a moins de chance de se tromper que lorsque l’on est seul. C’est un métier collectif, le cinéma. Il y a tellement d’options dans la réalisation d’un film, c’est bien de décider à deux…

 

 

Comment se porte le marché des sociétés de production en France ?


Il y a beaucoup plus de producteurs qu’avant. Il y a plus de petites structures, qui vivent plus ou moins bien. Le marché s’est concentré autour des grands groupes comme Pathé ou UGC ou Studio Canal. La chaîne des indépendants est fragilisée, il faut aujourd’hui d’énormes moyens financiers pour sortir un film en salles. Le facteur temps est très important car on ne sait jamais quand la production d’un film va pouvoir démarrer.

Il est donc nécessaire d’avoir plusieurs projets en même temps. A MACT, nous avons environ quatre films à gérer par an, dont des coproductions. Nous travaillons beaucoup avec les distributeurs et exploitants indépendants. Heureusement, la France a relativement bien protégé son industrie cinématographique par rapport à d’autres pays d’Europe en veillant à maintenir une relative diversité au niveau de la distribution et de l’exploitation. Et en protégeant son parc de salles.

 

 

 

Unifrance, vous pouvez en parler ?

J’ai été Président avec plaisir d’Unifrance pendant 4 ans. J’ai décidé de ne pas me représenter pour passer la main à d’autres. Mon expérience m’a beaucoup aidé à exercer cette fonction. J’y ai complété mon expérience du monde et des différentes cinématographies. J’y ai aussi pris conscience des enjeux énormes pour le cinéma français, car il faudra s’adapter à l’évolution inéluctable du parc mondial de salles de plus en plus composé de multiplexes. Et il faudra investir les nouveaux réseaux numériques.

 

 

 

Quel est votre regard sur l’industrie du cinéma ?


Le cinéma français doit, comme tous les autres, faire face au piratage des œuvres au détriment de la création et de la propriété intellectuelle. C’est un combat à moyen terme, car le droit est en retard sur la technique. Le deuxième défi est celui de la diversité culturelle, qui est constamment menacée.
Malgré tous ces défis, j’ai confiance dans les progrès de la cinéphilie. Le développement de l’éducation, la création de nouvelles universités dans les pays émergents, doivent se traduire par une augmentation du public attentif au cinéma d’auteur…

 

Pour lire la première partie de l’interview : cliquez-ici 

 

Articles connexes

Annecy pour le meilleur de l’animation française

Pour sa cinquantième édition, le Festival international de l’animation d’Annecy a fêté le cinéma d’animation et ses producteurs les plus...
Trois fois primé à Annecy, « Le Corset » réalisé par Louis Clichy est le premier long-métrage d’animation produit par Eddy Cinéma. © Eddy Cinema, Beside Productions, Regular Production, France 3 Cinema, Auvergne Rhône-Alpes Cinema, RTBF

23 octobre 2026

Chaînes chez Free : l’ACCES saisit l’Arcom

L’ACCES conteste la place accordée aux chaînes thématiques dans la nouvelle numérotation de Free et signale une baisse de leur...
Visibilité des chaînes chez Free : l’ACCES saisit l’Arcom

22 octobre 2026

NMOS : un Emmy pour les fondations de la production IP

L’AMWA, Sony, la BBC et Streampunk Media partagent un Emmy récompensant IS-04 et IS-05, deux spécifications essentielles à la découverte...
NMOS récompensé aux Emmy Awards

21 octobre 2026

SATIS 2026 : toute la filière se retrouve aux Docks de Paris

Au SATIS, les innovations exposées prennent du relief dans les conversations qu’elles déclenchent ! La nocturne du mercredi, quatre anniversaires...
© Emmanuel Nguyen Ngoc

19 octobre 2026

Dernier numéro

Découvrez toutes les nouveautés

Dernières Vidéos

ST 2110, production logicielle, IA, cloud : Mickaël Casse présente les tendances qui redessinent le broadcast
IA et animation, Aton Soumache livre sa vision sur le plateau SATIS TV
Après le ST 2110, la virtualisation, BOB ouvre un nouveau chantier pour les régies broadcast
Du documentaire animalier aux écrans immersifs : le pari technologique de Saint Thomas Productions

Mediakwest, est le premier magazine « multiscreen » destiné aux professionnels de l’audiovisuel, de la télévision, du broadcast, du cinéma, des nouveaux médias et de l’entertainment.

Accès rapide