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L’UHD selon SES

Le groupe SES est l’un des principaux opérateurs satellitaire mondial avec plus de 50 satellites géostationnaires. En France, SES diffuse notamment les chaînes du groupe Canal et même si, pour le moment, le développement de l’UHD national reste faible, les choses commencent à frémir. Entretien avec Philippe Sage, directeur du développement Astra France (groupe SES).*
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Mediakwest : Quel est l’engagement de SES vis-à-vis de la démocratisation et du déploiement de l’UHD en France ?

Philippe Sage : Notre engagement est en phase avec les actions menées par les éditeurs, les distributeurs, les constructeurs. Nous sommes tous extrêmement liés et marchons de concert pour que le développement de l’UHD soit un succès. Nous sommes très impliqués dans la partie normative. Nous participons aux échanges de normalisation au sein du consortium DVB et nous sommes heureux de voir que les normes concernant la phase 2 de l’UHD sont enfin publiées. Cela est propice à rassurer l’ensemble des acteurs de l’écosystème qui peuvent désormais s’appuyer sur ces standards pour avancer dans leur recherche et développer de nouveaux produits. Nous espérons que le HLG pour le HDR se mette en place rapidement et apporte un vrai plus différenciant par rapport à des contenus HD ou à certains contenus UHD basiques.

Côté France, le HD Forum, qui est la réunion de l’ensemble des acteurs présents sur la HD et l’UHD (éditeurs de contenus, diffuseurs, prestataires, constructeurs, grand public et professionnels), a engagé une dynamique importante autour de l’UHD. Chacun est confiant et sûr du succès de l’UHD. Les sociétés présentes sont convaincues du bien-fondé de l’arrivée de l’UHD. Cela nécessite des investissements ; il faut du temps, mais tout le monde partage ses expériences avec les autres membres.

 

 

MK : Quel est, à votre avis la place du satellite dans la distribution de contenus UHD ? On voit des acteurs sur l’OTT déjà proposer des films, des séries UHD…

P. S. : Il y a en effet des offres de programmes UHD qui utilisent des technologies différentes de celles du broadcast, comme la VoD ou l’OTT. Ces offres UHD ne sont pas toujours à la hauteur et peuvent même parfois s’avérer décevantes. Cela, peut-être parce que les contenus ne sont forcément d’une grande qualité, ou tout simplement non adaptés à l’UHD. Il ne faut pas décevoir les clients, tant par la qualité des contenus que par celle des images. Certains réseaux commencent à être sérieusement encombrés et finalement les acteurs de ce marché doivent réduire les débits pour servir tout le monde.

Les clients s’abonnent à un service d’UHD, mais ils ne bénéficient pas de cette qualité sur leur écran, malgré la présence d’un logo. Si tout le monde veut regarder en OTT une série tournée et diffusée en 4K, il y a des risques d’engorgement. Lorsque nous parlons de chaînes UHD via satellite, il s’agit du mode broadcast avec la plus haute qualité possible et cette qualité est la même pour tous les téléspectateurs, quel que soit leur nombre. Les débits d’encodage en HEVC (H-265) oscillent entre 20 et 25 Mb/s, valeurs qui ne sont disponibles que pour moins de 20% des abonnés à une offre internet haut débit.

 

 

MK : Combien de chaînes UHD diffusez-vous ?

P. S. : Nous annonçons 30 chaînes, ce qui fait de nous le plus gros distributeur de contenus. Toutefois, il faut être précis : il faut davantage parler de « feeds » ; une chaîne peut être diffusée sur plusieurs feeds. Certaines chaînes sont des chaînes de test ; il y a donc au total 21 chaînes sur les satellites SES qui tournent autour du globe.

Parmi ces chaînes, se trouvent des projets intéressants. Nous essayons de pousser les diffuseurs à faire des tests, mener à terme des projets, pour arriver à des lancements commerciaux au plus vite. Les Anglais et les Allemands sont déjà lancés dans la course commerciale. Sky en Angleterre et en Allemagne a lancé ses offres UHD avec notamment des matchs de football de la Champion League sur Sky UK et du cinéma.

Même si des éditeurs de contenus et des plates-formes de distribution comme Netflix se sont engagés fortement sur l’UHD avec de la production spécifique, nous pensons que les contenus se prêtant le mieux à l’UHD sont dans le sport et le spectacle vivant en direct, domaine de prédilection des acteurs traditionnels de la télévision linéaire. Le documentaire va également changer de dimension grâce à l’UHD.

Dans le monde, on estime qu’il y a un peu moins de 60 chaînes UHD, dont 45 diffusées par satellite. Les prévisions tablent sur 800 à 1 000 chaînes UHD vers 2025.

 

 

MK : En France, où en est le déploiement de l’UHD ?

P. S. : En France, de manière générale, nous distribuons la télévision gratuite et/ou payante par satellite à plus de 20 % des foyers français TV (soit 6 millions de foyers). La position orbitale Astra 19,2° E dispose de la bande passante nécessaire pour transporter de nombreuses chaînes en UHD. Concernant les projets, ce n’est pas un secret de dire que le groupe Canal+ lancera un décodeur satellite UHD dans le courant de l’année 2017.

Il faut une logistique importante pour développer un terminal satellite UHD et le mettre à disposition des abonnés. Il y a un travail encore important de sensibilisation et nous encourageons les diffuseurs à faire des tests. Les chaînes gratuites, même les plus puissantes, ont connu des baisses d’audience et de ressources publicitaires. Tout cela a des conséquences. Les diffuseurs s’intéressent à la technologie, mais ne prennent pas encore de décisions car les investissements en termes d’infrastructures sont lourds, d’autant plus que pour certains les amortissements de la HD ne sont pas finalisés.

Sur la partie test, nous avons une chaîne spécifique pour les diffuseurs qui veulent tester la qualité du HDR et le HLG. NRJ a ainsi bénéficié de ce canal il y a quelques semaines. La chaîne a mis « on air » une boucle de contenus réalisée en UHD native. Le signal encodé en HEVC UHD (avec une audio en Dolby AC3+) à 20 Mbps a été diffusé sur ASTRA 19,2°E. Ce test a permis de tester les performances des matériels de production et de postproduction en UHD+HEVC et d’identifier les points d’amélioration.  A l’issue de ce test, le diffuseur s’est déclaré confiant en l’avenir de l’Ultra HD.

 

 

MK : Lors d’IBC, SES a présenté des démos de réalité virtuelle, comment envisagez-vous cette technologie ?

P. S. : Nous sommes ravis de voir des technologies comme l’UHD ou la réalité virtuelle arriver, car elles sont des consommatrices de bande passante. Sur le réseau terrestre, il n’y a pas de place pour de l’UHD ; le satellite est la seule option pour avoir de la qualité en UHD. La fibre ne couvre pas encore tout le territoire. Pour la réalité virtuelle, c’est un peu la même chose.

Avec nos satellites, nous sommes capables de diffuser des débits de 40 Mb/s. La question est : quel contenu pour la réalité virtuelle ? Il faut que les créatifs travaillent sur quelque chose de nouveau, comme le sport, le Live. Nous voyons des applications sur ces créneaux et le satellite peut être un excellent moyen de diffuser des contenus, que ce soit pour des terminaux ou pour des casques de réalité virtuelle. La technologie est encore balbutiante, mais les développements sont très rapides. SES s’intéresse à tous les écrans et la réalité virtuelle est un écran de plus !

 

*Article paru pour la première fois dans Mediakwest #20, p.86. Abonnez-vous à Mediakwest (5 nos/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur totalité.