« Les voisins de mes voisins sont mes voisins » dans la lignée de la Nouvelle Vague

"Les voisins de mes voisins sont mes voisins" réalisé par Anne Laure Daffis et Léo Marchand et produit par Lardux Films participe d’un cinéma d’auteur et constitue une alternative à la coproduction. Explication par l’un de ses producteurs, Benoît Ayraud.

Publié le 08/07/2020

 

Mediakwest : Pouvez-vous rappeler la genèse de ce long-métrage ?

Benoit Ayraud : Depuis quelques années, Anne Laure Daffis et Léo Marchand cherchaient à réaliser un long-métrage animé où ils auraient la même liberté artistique et scénaristique que sur un court. Ils ne voulaient pas avoir à le coproduire dans un pays limitrophe, ce qui disperse la fabrication. Nous non plus, nous n’avions pas le désir d’entrer dans cette logique de coproduction. Il fallait donc que les coûts de ce film soient réduits : à partir de trois millions d’euros en effet, il devient compliqué de produire en France sans « sacrifier » quelque chose. Les réalisateurs ont alors eu l’idée d’un film choral composé de courts-métrages existants et d’imaginer une nouvelle histoire à partir de ces scenarii. Ce sont les courts La Saint-Festin (2007) et La Vie sans truc (2013).

 

Le film se montre atypique dans sa fabrication…

Le film, dont il a fallu retravailler le montage, la colorisation et le compositing sur After Effets, a été entièrement fabriqué et financé en France par Lardux Films et Marmita Films (Bordeaux) avec le soutien de plusieurs régions, de l’Aide au Développement du CNC… Mais nous n’avons pas réussi à convaincre un diffuseur français de nous suivre sur ce film qui est pourtant une comédie familiale. Comme dans la Nouvelle Vague, les réalisateurs écrivent et fabriquent leur film : Léo étant aux décors, Anne Laure aux dessins. La fabrication avance donc par strates successives. Le film, qui dispose déjà de 40 minutes d’animation, fait l’économie d’un pilote, d’un teaser, d’une bible graphique… Aux financiers potentiels, nous présentons en effet des tests d’animation qui ne sont autres que les deux courts-métrages existants.

 

Avec votre distributeur Jour2Fête, vous avez mis en place un principe original de distribution, les Ciné Rencontres…

Pour financer La Vie sans truc (passé de 12 à 24 minutes), nous avions conclu un partenariat avec treize salles de cinéma en Île-de-France. Elles accompagnaient le film en achetant des « paquets ». Ceux-ci comprenaient la location de copies d’un film et plusieurs interventions de Léo Marchand qui expliquait au public comment réaliser un film d’animation. Ces « paquets », qui constituent un bon moyen de distribuer le film en amont et d’impliquer les spectateurs dans l’histoire à venir, ont eu du succès et ont participé au refinancement du court-métrage. Avec Jour2Fête, nous avons eu l’idée de procéder de la même manière pour Les voisins… Le dispositif, sur lequel nous réfléchissons depuis un an, consiste à proposer aux salles partenaires des Ciné Rencontres. Il y a un an, nous avons commencé par six salles. Puis, à partir de septembre 2020 jusqu’à septembre 2021 (le film sortira fin 2021), nous élargirons ces Ciné Rencontres à une vingtaine de salles en France au minimum.

 

Les Ciné Rencontres annoncent-elles une nouvelle manière de distribuer un film d’animation ?

Ces Ciné Rencontres sont bien sûr liées à la typologie du film qui reste un prototype. Mais cette façon de s’adresser au public bien avant la sortie du film est reproductible et souhaitable. De même l’implication dans la distribution des exploitants de salle est précieuse. Chez Lardux Films, nous ne concevons pas la production indépendamment de la distribution et des exploitants. Il faut travailler tous ensemble en bonne intelligence et chercher à réaliser des films qui ne reviennent pas trop cher.

 

Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #36, p. 110-116. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.

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