Blackmagic DaVinci Resolve 14, l’outil 3 en 1 d’étalonnage, de montage et de mixage son

Quel plaisir de suivre un fabricant aussi novateur et surprenant. Les nouveautés de DaVinci Resolve en tant que logiciel majeur de correction colorimétrique auraient suffi à la rédaction d’un article. Blackmagic étant allé beaucoup plus loin, nous allons également vous présenter les nouveautés du NLE (logiciel de montage) DaVinci Resolve, mais surtout la nouvelle partie dédiée au son. Des propositions rafraîchissantes accompagnées d’une offre commerciale ébouriffante.*
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Bien qu’étant une marque australienne, c’est un véritable couteau suisse de la production audiovisuelle que propose Blackmagic Design aujourd’hui, ou, pour continuer les métaphores, un 3 en 1. C’est la suite logique du rachat de Fairlight par la marque, annoncé à l’occasion de l’IBC 2016. Pour parachever ce tableau déjà bien rempli, Blackmagic propose deux nouveaux panels dédiés à l’étalonnage et améliore sensiblement les fonctionnalités de collaboration de son logiciel.

 

Étalonnage dans DaVinci

DaVinci Resolve est initialement un logiciel d’étalonnage de référence déjà décrit dans Mediakwest. Aujourd’hui, nous allons souligner les avancées remarquables de cette mouture, 14e du nom. On notera au passage une certaine superstition dans la dénomination de cette nouvelle version, qui passe directement de 12.5 à 14. Avec un nom de marque évoquant la magie noire, cela reste logique.

Deux fonctionnalités majeures font leur apparition : la reconnaissance faciale automatique et le filtre Match Move qui permet de remplacer les surfaces planes en mouvement.

Le nouvel effet « face refinement » (version studio) est dédié à l’amélioration des visages, il suffit de poser l’effet sur un node et de cliquer sur le bouton Analyse. Les visages sont alors automatiquement reconnus et des masques sont créés autour de ces derniers ; avec une reconnaissance des yeux, du nez et de la bouche afin d’éviter toute dégradation sur ces éléments primordiaux de l’image. Vous pouvez également visualiser et intervenir sur la sélection automatique pour l’agrandir ou la réduire, puis agir sur les nombreux outils à votre disposition pour embellir votre interlocuteur ; le terme digital makeup prenant ici tout son sens.

La liste des fonctionnalités dédiées est impressionnante : amélioration de la netteté et/ou de la luminosité des yeux, atténuation des rides, réduction des poches sous les yeux, travail des sourcils. Toutes ces fonctions traitées ici automatiquement impliquaient jusqu’à présent la préparation de différents masques et l’utilisation d’autant d’outils de suivi. Vous pourrez avec DaVinci proposer un travail haut de gamme nécessitant jusqu’à présent de nombreuses heures de travail.

Le filtre Match Move est également disponible dans la version Studio de DaVinci Resolve ; il permet, via la définition de différents points de suivi, d’analyser finement le déplacement de certaines surfaces et d’y appliquer des images externes (on doit actuellement utiliser l’option « add as a matte for color page clip » pour intégrer les images dans le media pool). Cette fonction permet d’ajouter des panneaux, des titres ou des images sur des surfaces de DaVinci, une véritable fonctionnalité de compositing évoluée poussant encore un peu plus les frontières du logiciel.

 

Fonctions collaboratives

Tous ces outils réunis au sein du logiciel peuvent être manipulés par un utilisateur unique, mais dans les productions plus ambitieuses, de nombreux professionnels seront amenés à collaborer sur le même projet dans les différents espaces dédiés du logiciel. L’ajout de fonctions dédiées à la collaboration est donc une très bonne idée pour accompagner ces nombreux nouveaux outils.

Des possibilités existaient déjà dans les précédentes versions de DaVinci via l’utilisation de bases de données PostgreSQL, mais la configuration complexe réservait son utilisation à quelques happy few. Tout a été simplifié pour vous épargner de nombreuses heures passées à conformer vos projets. Les fonctions de collaboration sont accessibles via la version payante (Studio).

Tous les utilisateurs doivent être connectés à un serveur de database « remote », qui peut être une des stations utilisateur, la contrainte étant d’assurer l’allumage permanent de cet ordinateur pour que les projets soient constamment accessibles à tous les utilisateurs. Cette fonction peut également être déportée sur un ordinateur du réseau dédié. Toutes les machines doivent être sur le même réseau et accéder aux mêmes médias stockés sur un SAN (storage area network) commun.

Ensuite, le procédé de collaboration a été simplifié à l’extrême sur cette 14e version. Il suffit d’ouvrir depuis sa station de travail un projet depuis la base de données « remote » à laquelle DaVinci est connecté et d’autoriser le travail collaboratif depuis le menu fichier. Le principe général de collaboration est basé sur le bin et le clip locking, sous l’adage du premier arrivé, premier servi.

L’utilisateur qui crée ou ouvre un chutier (bin), le cadenasse. Les autres utilisateurs peuvent visualiser son contenu (via un bouton de rafraîchissement) et les modifications apportées par le propriétaire s’ils le souhaitent, mais ils ne peuvent pas le modifier. Les timelines « lockées » ne peuvent pas être modifiées en terme de montage, mais peuvent être étalonnées par un collaborateur travaillant sur une autre station.

Si le workflow demande que deux monteurs travaillent sur la même timeline, celle-ci peut être dupliquée ou, si cela a été prévu en amont, deux copies de la même timeline peuvent avoir été préparées dans des chutiers différents appartenant alors à deux monteurs distincts.

Lorsque les montages sont terminés sur ces deux versions de la même timeline, une superbe interface de gestion des modifications permet de choisir les parties modifiées à conserver ou non sur ces timelines. Les parties modifiées sont visibles via une interface graphique très intelligemment conçue et un index. L’utilisateur a alors le choix de valider ou non ces modifications sur la version finale de la timeline. Même si nous avons pu constater quelques bugs de jeunesse sur cette version Beta, le système est absolument topissime.

Le clip locking concerne la page color. La fonction est très proche ; elle permet à un étalonneur de travailler et de bloquer un clip. Lorsqu’il passe au clip suivant, les modifications apportées au premier sont automatiquement mises à jour pour tous les utilisateurs collaborant sur cette timeline.

La fonction de Chat intégré est également particulièrement sympathique, mais surtout elle permet de gagner un temps précieux dans les phases de modifications. Il n’est ainsi plus nécessaire d’ouvrir une boîte mail pour prendre connaissance des rectifications à apporter ou des commentaires des différents intervenants ; ils sont intégrés dans l’application.

 

Le son c’est Fairlight

Ce fut un des points forts de l’IBC 2016, Blackmagic a annoncé le rachat de deux géants de l’audiovisuel, Ultimatte et Fairlight. Nous les avons alors très vite « titillés » sur l’intégration de Fairlight à Resolve, et c’est chose faite !!! (il ne faut y voir aucune relation de cause à effet).

Fondée en 1975 par Peter Vogel et Kim Ryrie, Fairlight, entreprise spécialisée en audio numérique, est basée à Sydney. En 1979, elle a créé une des toutes premières stations de travail musical sur ordinateur, Fairlight CMI. Le prix de la bête avoisinant les 50 000 dollars, le premier musicien ayant pu se l’offrir a été Peter Gabriel. Nous avons également entendu le son Fairlight sous les doigts de notre spécialiste national « historique » de la musique électronique, Jean-Michel Jarre. Aujourd’hui Fairlight construit des stations de travail digital audio et des surfaces de mixage.

La partie son de Resolve est donc une véritable référence en la matière ; jugez plutôt : jusqu’à 1 000 pistes audio en 24 bits à 192 KHz, huit sorties principales, des bus des sous-mix et des auxiliaires. Enregistrement, montage son, effets sonores, harmonisation, mixage final et masterisation du mono au 22.2, les outils sont pléthoriques. Vous pourrez également ajouter une carte d’accélération « Fairlight audio accelerator » pour obtenir une latence de l’ordre de la milliseconde et un traitement audio entièrement temps réel des égaliseurs, compresseurs, limiteurs et jusqu’à 6 plug-ins VST par canal.

Les outils de traitements nombreux sont complétés par des outils de mesures précis et exhaustifs (vumètres, loudness, crête-mètres et phase-mètres). Pour piloter cette partie son de DaVinci, vous pourrez faire appel aux consoles de mixages de très haut de gamme Fairlight de cinq à deux baies ou en version bureau (voir photos).

Espérons que Blackmagic démocratisera cet outil avec une surface plus accessible financièrement, comme cela vient d’être fait pour l’étalonnage avec les surfaces testées dans ce numéro. Nous sommes gourmands, mais que voulez-vous, Blackmagic nous donne de mauvaises habitudes.

 

Montage

Avant de devenir un 3 en 1, DaVinci est, depuis la version 12.5, un 2 en 1. Nous vous avons déjà parlé des qualités certaines de ce logiciel de montage, pourtant jeune et déjà très mature. Cependant, le « moteur » de DaVinci initialement conçu pour la qualité, étalonnage de haut vol oblige, nécessitait l’emploi d’une station de travail elle-même fortement dimensionnée.

Bonne nouvelle pour les monteurs les moins fortunés souhaitant profiter de cette solution, les développeurs ont réussi le pari de conserver la qualité de traitement de leur outil tout en l’accélérant fortement, Blackmagic annonçant un nouveau moteur de lecture dix fois plus rapide. En soulignant que nous restons actuellement sur une version Beta ; à l’usage, même si nous n’obtenons pas encore la fluidité d’une station Adobe Premiere Pro lors de l’utilisation directe de fichiers fortement compressés, les résultats sont encourageants.

Les monteurs Avid seront heureux de trouver la possibilité d’ouvrir plusieurs chutiers dans des fenêtres volantes indépendantes. Même si cela nécessite de disposer de deux écrans, cette fonctionnalité est importante pour l’organisation du montage de films complexes. On peut également faire un glisser-déposer direct de fichiers depuis une fenêtre de son explorateur (Windows ou OS X) vers un chutier dans l’espace de montage (fenêtre EDIT) de DaVinci.

Une des fonctions prévues pour la collaboration, la comparaison de différences entre timeline, est également disponible pour votre propre travail solo. Vous pouvez ainsi comparer deux versions d’une timeline pour vérifier les modifications effectuées et éventuellement en créer une troisième version, mix des deux précédentes.

Dans la série des améliorations dédiées au montage, on notera la possibilité de renommer automatiquement les plans en fonction de leurs métadonnées. Ainsi les métadonnées ajoutées par l’équipe « son » ou celles issues de la caméra peuvent rapidement vous aider à donner à vos clips un nom plus pertinent que les illisibles dénominations générées par les caméras.

 

Les panels de contrôle

L’annonce de la création par Blackmagic de surfaces de contrôles dédiées à l’étalonnage, le 2 mars de cette année, a précédé la nouvelle mouture de DaVinci. C’est Grant Petty, CEO de Blackmagic, qui s’est lui même chargé de la présentation des panels, à l’occasion d’une conférence en direct sur Internet dédiée aux nouveautés de la marque.

Blackmagic avait l’envie de proposer des panels plus abordables depuis quelque temps déjà. Ses équipes ont préféré attendre la mise au point d’un outil véritablement haut de gamme, notamment dans la fluidité du maniement des commandes. Jim Mansfield, en charge du développement de la postproduction et du cinéma pour Blackmagic, a notamment insisté sur l’extrême précision d’usinage des « boules » de manipulation colorimétriques, pièces maîtresses des surfaces.

Dans le marché spécifique des surfaces de contrôle dédiées à l’étalonnage, on trouve les modèles prestigieux tels que la Blackboard 2 de Filmlight ou le DaVinci Resolve Advanced Panel de Blackmagic, modèles dont les prix s’expriment en dizaines de milliers d’euros.

En entrée de gamme, Tangent propose un astucieux produit, le Ripple. Pour 400 euros vous disposez des roues colorimétriques, des réglages de contrastes et des boutons de remise à zéro des corrections.

Ensuite la majorité des autres surfaces se situent entre 1 000 et 3 000 euros. On trouve la célèbre Wave de Tangent qui a démocratisé le marché, l’Artist Color d’Avid, l’Element de Tangent qui est composé de plusieurs modules, et l’Eclipse CX Midnight de JL Cooper.

C’est dans cette catégorie que Blackmagic a positionné ses deux nouveaux modèles, le Micro et le Mini Panel. Au déballage des produits, ce qui surprend en premier c’est le poids et l’impression de solidité. Rapporté au budget, l’exploit ne peut qu’être souligné.

Pour comparer les deux panels, il suffit de regarder leurs photos. Ils partagent une base commune. La partie principale des panels est occupée par les trois roues chromatiques (basses lumières, hautes lumières et tons intermédiaires) qui encadrent les réglages de contraste. Au-dessus de chaque roue, trois touches sont dédiées à la remise à zéro des réglages correspondants. Trois autres touches importantes (log/offset.viewer) permettent, pour la première, de modifier le fonctionnement des roues chromatiques de DaVinci passant d’un mode de correction traditionnel au mode log et, pour la seconde, d’activer le mode offset (on intervient alors sur toute l’image avec n’importe quelle boule colorimétrique) ; la troisième touche agit sur l’apparence du visualiseur.

En haut des touches, 12 potentiomètres offrent des fonctions créatives en intervenant sur la luminosité, le contraste, la saturation et la teinte. À droite, une section dédiée au transport (lecture de la timeline) permet également de se déplacer de clips en clips en avant et en arrière, d’images en images et de nodes en nodes.

Pour finaliser la liste des fonctions indispensables aux étalonneurs présente sur ces panels, des touches permettent de mémoriser l’étalonnage (grab still), de les prévisualiser sur d’autres clips (play still), de lancer la lecture en boucle, d’annuler ou réactiver les dernières opérations, d’activer-désactiver l’étalonnage en cours, et de remettre à zéro le node sélectionné. Pour un budget de 1 000 euros, ce panel est une véritable réussite.

L’unique remarque que nous a apporté Rémi Berge, étalonneur de talent par ailleurs très agréablement surpris par la qualité des panels, c’est le positionnement des commandes de transport. En effet lorsqu’on est obligé de lâcher la souris pour manipuler ces fonctions, un positionnement à gauche des commandes aurait permis une prise en main encore plus efficace.

Lorsque l’on investit dans un panel, c’est pour gagner en efficacité et pour consacrer son temps au travail créatif. C’est dans cette optique qu’un étalonneur pourra opter pour le modèle mini, version plus haut de gamme des deux nouveaux panels, et cela malgré un prix presque trois fois supérieur. La version mini donne en effet accès à une majorité des fonctionnalités de DaVinci Resolve sans nécessiter d’entrer dans les menus de l’outil. Deux écrans de 5 pouces surmontés chacun de quatre touches et soulignés par quatre potentiomètres sont encadrés de quinze touches à gauche et à droite.

Les possibilités sont grandes : on pourra intervenir sur les secondaires, les sélections de plages de couleurs, les masques, les suivis, les effets, les incrustations ; on pourra également choisir le type de node que l’on ajoute.

Ces deux panels sont connectables très simplement via une prise USB-C ; un adaptateur USC-C USB-3 est fourni. Le mini panel ajoute à cette prise USB-C la possibilité de le connecter en Ethernet et même de l’alimenter en Ethernet grâce au PoE (Power over Ethernet) ; sinon il faudra prévoir de connecter l’alimentation nécessaire au fonctionnement des écrans.

En résumé, trois panels permettent aujourd’hui de piloter DaVinci : l’advanced panel qui, pour un budget avoisinant 30 000 euros, reste réservé à un public ciblé ; le micro panel qui condense les fonctions les plus utiles pour un prix inférieur à 1 000 euros (sa compacité permettant une utilisation sur le terrain, par exemple pour les DIT) ; et le mini panel qui, grâce à ses 38 touches, ses huit potentiomètres supplémentaires et ses deux écrans, donne quasiment accès à l’ensemble des fonctionnalités sans nécessiter l’ouverture des menus du logiciel, pour un prix inférieur à 3 000 euros.

Qualité ou inconvénient, les panels mini et micro sont dédiés à DaVinci ; vous devrez choisir votre surface de contrôle parmi les modèles des autres fabricants si vous souhaitez également piloter d’autres logiciels d’étalonnage. Le parti pris est également pertinent, puisque les fonctionnalités des diverses touches et potentiomètres étant dédiées à DaVinci, leurs positionnements et leurs sélections sont optimisées ; il n’est pas nécessaire d’entrer dans des sous-menus pour les activer.

 

Conclusion

Nous avons parlé du budget des panels ; Blackmagic a également retravaillé l’offre commerciale du logiciel DaVinci Resolve. Non content d’offrir une version gratuite totalement exploitable, le tarif de la version payante, offrant notamment des options supplémentaires concernant la réduction de bruit, le flou de mouvement, la reconnaissance faciale automatique, le match move et les fonctions de collaboration, baisse. Ce tarif est divisé par trois, DaVinci Resolve Studio étant disponible au prix de 270 euros, avec une licence permanente.

 

* Article paru pour la première fois dans Mediakwest #22, p.57-59Abonnez-vous à Mediakwest (5 nos/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur totalité.