Nancy Diaz Curiel, entourée d’une partie de son équipe. © DRDepuis sa création dans les années 1970, Ross Video n’a pas fini de grandir. Spécialisée dans les solutions dédiées au broadcast, à l’événementiel ou à la formation, l’entreprise développe des équipements matériels et des logiciels couvrant l’ensemble de la chaîne de production : régie, graphisme temps réel, automatisation, réalité augmentée ou encore infrastructures IP…
Présente dans plus de cent pays, Ross Video accompagne aussi bien des chaînes de télévision que des studios, des producteurs de contenus, des institutions ou des organisateurs d’événements internationaux.
Afin de développer son portefeuille de clients corporatifs en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient, l’entreprise a fondé une nouvelle équipe spécialisée dans la vente de ses solutions sur ces territoires.
Nancy Diaz Curiel, qui en est à la tête, nous parle de sa carrière et des défis qu’elle compte bien relever au sein de Ross Video.
Mediakwest : Avant d’intégrer Ross Video en novembre 2024, vous avez passé quatorze ans dans une société spécialisée dans l’audio. Vous étiez par ailleurs basée à Singapour. Quelles sont les plus grandes évolutions que vous avez remarquées dans ce milieu ? Et les différences entre le marché européen et asiatique ?
Nancy Diaz Curiel : Cela a été une étape passionnante de ma vie professionnelle, riche en rencontres et en défis. Arrivée dans cette entreprise française en 2009, j’ai suivi le passage de l’audio analogique à l’audio numérique, l’adoption du DRM en Inde, et l’explosion du streaming audio et des plates-formes d’écoute numériques.
Ce qui m’a le plus marquée lors de ces années a été la fragmentation du marché asiatique. Il est composé de nombreux pays différents, chacun avec sa culture, des attentes variées et son niveau de développement. Les discussions sur le terrain sont donc très différentes en fonction de si nous parlons à des clients japonais, australiens, indiens ou encore indonésiens.
Par exemple, en France, nous parlons beaucoup de la norme 21.10, mais pour certaines régions de l’Asie-Pacifique, ce n’est pas du tout à l’ordre du jour car elles n’ont pas les infrastructures adéquates. Pendant mes quatorze ans sur place, j’ai pu voir leurs technologies et leurs exigences évoluer. Je me souviens notamment des premières discussions en matière de « visual radio » ou un client souhaitait streamer sa chaîne en live et en vidéo sur des plates-formes en ligne !
Comment êtes-vous arrivée chez Ross Video ?
Grâce à une rencontre. Une rencontre au bon moment ! C’est souvent comme cela que mes plus belles expériences ont vu le jour… J’ai rencontré les premiers membres de Ross lors du lancement de l’initiative RISE en Asie. RISE est un organisme qui promeut la diversité de genre dans les industries du broadcast et du A/V.
J’étais mentor du programme de mentoring gratuit lancé en 2019. Ma mentorée était une personne de Ross Singapour. De fil en aiguille j’ai rencontré d’autres membres de l’équipe et nous avons toujours gardé contact au fil des années. J’ai suivi les aventures de Ross pendant des mois, fascinée par cette entreprise familiale avec une réelle vision et une véritable écoute des besoins clients. J’ai rapidement su qu’un jour j’en ferai partie moi aussi.
Je suis arrivée là-bas il y a un peu plus d’un an, pour aider à construire une nouvelle équipe. Chez Ross, nous nous sommes aperçus que nous avions de plus en plus de clients corporates (banques, assurances, sociétés pharmaceutiques, automobiles ou de luxe), qu’ils soient nationaux ou régionaux.
Pour répondre à ces besoins, toujours à l’écoute de ses clients, l’entreprise a fondé simultanément deux équipes de ventes dédiées, en Amérique du Nord et en Europe. Ils ont donc fait appel à moi pour prendre la tête de l’équipe Europe.
À ce jour, je m’occupe de l’Europe, du Moyen-Orient et de l’Afrique, sachant que mon objectif pour les premières années est véritablement de développer le marché européen de l’Ouest. Cela inclut notamment le Royaume-Uni, les pays nordiques, l’Allemagne, la France, l’Espagne, l’Italie et la Suisse.
« J’ai rejoint Ross Video pour porter la voix des entreprises qui souhaitent aller plus loin dans leur exploitation de l’audiovisuel. »
Nancy Diaz Curiel – Ross Video
Et comment avez-vous vécu ce passage de l’univers de l’audio vers celui de la vidéo ?
Le monde de l’audio et de la vidéo sont semblables car ils partagent tous les deux une culture technique et opérationnelle très proche. La clef a été de capitaliser sur mes connaissances acquises et de combler les écarts spécifiques à la vidéo.
Quand je travaillais en Asie-Pacifique, j’étais dans le secteur des ventes techniques. C’est-à-dire que j’étais en contact avec des sociétés d’ingénieurs, d’intégrateurs, etc. Chez Ross, je retrouve la même typologie de clients, sauf qu’ils sont dans le domaine de la vidéo. Je ne suis donc pas tout à fait en terrain inconnu.
Après, il a simplement fallu que je me lance ! Dans ma carrière, mon mantra est « d’oser ». Quand on sait qu’on va être entouré d’une belle équipe, qu’on connaît sa capacité d’adaptation et la quantité de travail qu’on est capable de fournir, il n’y a pas à hésiter.
Au cours de votre carrière, y a-t-il un projet que vous avez accompagné qui vous a particulièrement marqué ?
Si je remonte un peu dans le temps, je me souviens du sentiment de satisfaction lors du premier projet significatif vendu en Inde. C’était pour une chaîne de télévision privée située dans le sud du pays, suite à de longues négociations.
Être une femme dans le monde du travail en Inde, à un certain niveau de responsabilité, ce n’est vraiment pas facile. Nous ne sommes pas toujours reconnues. Alors, réussir à inspirer confiance, à gérer un projet et à être à la hauteur des espérances, c’était une grande victoire pour moi, mais aussi pour le reste de l’équipe qui jouait dans les coulisses. Une fois que j’avais ouvert la porte, nous avons pu récupérer tout un portefeuille de nouveaux projets.
Si je regarde un peu plus récemment, mon premier projet significatif chez Ross a été d’aider un client corporatif (un grand nom international dans le domaine du conseil) à adopter notre technologie pour gérer un immense écran LED dans leur lobby en plein centre de Londres.
Nous avons réussi à les accompagner sur leurs problématiques internes, et à leur ouvrir un éventail de nouvelles possibilités de communication auxquelles ils n’avaient pas pensé. Une véritable expérience humaine avec de multiples rebondissements et de nombreuses discussions sur les besoins bien précis auxquels les équipes étaient confrontées ! Nous avons d’ailleurs de nouveaux projets à explorer ensemble en 2026 sur d’autres besoins complémentaires…
Y a-t-il des actualités chez Ross Video que vous souhaiteriez partager ?
Nous sommes bien évidemment dans les préparatifs de l’ISE ! Nous continuerons d’y partager des annonces qui ont déjà été rendues publiques, notamment l’acquisition par Ross d’une entreprise audio des Pays-Bas qui s’appelle Lama.
Il y a aussi eu l’acquisition d’ioversal [société créatrice de Vertex, une plate-forme spécialisée dans les expériences immersives, ndlr], qui devient Ross Experiential Technologies. Toutes ces acquisitions permettent d’étoffer notre offre et d’ouvrir de nouvelles discussions avec nos clients, qu’ils soient chaînes de télévision, arènes de concert, stades sportifs, musées, universités ou grandes entreprises. Le but ultime est de proposer plus de solutions à nos clients.
Grâce à l’acquisition d’ioversal, Ross entre dans l’ère de l’immersif…

C’est une réelle combinaison gagnante : car en intégrant la technologie Vertex dans notre gamme nous pouvons créer des workflows bien plus riches. Nous pourrons proposer des expériences immersives et interactives à tous les types de clients que nous avons chez Ross, qu’il s’agisse de musées, de salles de concert ou de lobbys de banques.
C’est une valeur ajoutée qui plaira beaucoup à nos clients dans le monde de l’événementiel et du divertissement notamment, car nous pourrons les accompagner sur des projets de projection mapping plus ambitieux.
Quels sont les projets que vous aimeriez porter au sein de Ross Video ?
Si j’ai rejoint Ross, c’est tout d’abord parce que je crois en leur vision et en leur éthique. En tant que directrice des ventes corporate, mon objectif est clairement de faire évoluer Ross Video d’un fournisseur de solutions broadcast vers un partenaire stratégique de plates-formes de production et d’expériences vidéo, capable d’approcher à la fois au broadcast traditionnel, le live, le ProAV et l’expérientiel.
Je souhaite porter la voix des entreprises qui sont intéressées par l’audiovisuel et qui veulent aller plus loin, faire les choses de manière plus professionnelle. Je veux les accompagner afin qu’elles puissent transmettre leur message se différentier des autres acteurs du marché.
Qu’est-ce que votre profil multiculturel a apporté à votre carrière ?
Cela m’a permis d’être très adaptable. Au fil de mon parcours, j’ai pu m’adresser à plusieurs types de clients, venus de cultures variées. Je sais donc m’adresser aussi bien à un dirigeant d’entreprise qu’à un directeur technique et surtout savoir reconnaître et lister leurs différents besoins.
Cette qualité est très importante pour suivre de grands projets chez Ross. Par exemple, parfois, nous travaillons avec des entreprises qui ont des sièges dans plusieurs pays, que ce soit en France, aux États-Unis ou en Asie. Il est donc très important de savoir s’adapter pour mettre en place un accompagnement global et multidisciplinaire.
Vous êtes diplômée d’une école de commerce. Pourquoi vous êtes-vous tournée vers l’univers de l’audio juste après la fin de vos études ?
Quand j’étais jeune, j’étais un peu geek dans l’âme. Au départ, je m’intéressais surtout aux ordinateurs : les démonter, les remonter, changer les cartes graphiques pour voir quels effets cela produisait. Mon appétence pour les nouvelles technologies s’est développée à partir de là, et il faut bien dire qu’une fois qu’on tombe dedans, on devient vite accro !
Mais l’univers de l’audio n’était pas une évidence. J’ai surtout apprécié la démarche de la société que j’ai intégrée. Ils avaient une approche très précise : ils créaient des binômes avec un responsable de la relation client et un responsable technique.
C’était une manière de faire très intelligente, qui permettait de toucher l’entreprise à différents niveaux tout en conservant un chef d’orchestre en charge de la gestion de projet. Ensuite, avoir une relation aussi privilégiée avec un responsable technique m’a permis d’acquérir beaucoup de connaissances qui me servent encore aujourd’hui.
Vous faites également partie de l’association RISE. Quel est votre rôle ?
J’ai participé au lancement de leur programme de mentoring en Asie en 2019 et je suis restée depuis. Dans ces programmes de six mois, on met en contact un mentor – qui peut être un homme ou une femme – et une mentorée, et on l’accompagne sur différentes thématiques.
Certaines mentorées souhaitent définir un plan de carrière, d’autres veulent travailler sur l’obtention d’une promotion. En général, il y a des réunions tous les mois entre les mentors et les mentorées, puis des workshops sur Teams.
J’ai participé au lancement du programme en Asie-Pacifique, et aujourd’hui, je fais partie du conseil d’administration de RISE en Europe. Je gère le territoire français en plus d’être mentor. Récemment, j’ai accompagné une mentorée pour l’obtention d’une promotion interne, qu’elle a obtenue !
RISE a également une partie éducation : ils vont dans les lycées et les universités pour montrer aux élèves et étudiantes qu’une carrière dans la tech est possible. C’est un point que je trouve formidable et qui me tient à cœur, car je suis persuadée que ce qu’on entend dans notre enfance nous construit.
Il y a encore plein de stéréotypes de genre, et pas seulement dans l’univers des nouvelles technologies. C’est aussi notre rôle de les déconstruire pour que les générations futures n’aient pas à les subir.
Quels sont les conseils que vous donnez le plus à vos mentorées ?
J’essaie surtout de lutter contre leur autocensure. Quand elles me disent « je ne peux pas », je leur réponds toujours : « qui t’a dit que tu ne pouvais pas ? ». Certains diraient que je lutte contre le « syndrome de l’imposteur », mais je n’aime pas ce terme. Il implique une notion de tricherie ou de mensonge. Or, les femmes en face de moi n’ont pas l’impression d’être des menteuses, elles manquent seulement de confiance en elles.
Et la confiance en soi passe aussi par le regard des autres, le regard de son manager ou de son mentor. Je leur fais donc comprendre qu’il ne faut pas avoir peur de se lancer dans un projet et de demander plus de responsabilités. Il faut savoir leur expliquer sans les juger, et pour cela je m’aide aussi de la formation de coach que j’ai faite en 2020.
Est-ce que cela vous tient à cœur car vous avez, vous aussi, ressenti un plafond de verre à un moment dans votre carrière ?
J’ai eu la chance d’avoir des mentors, en quelques sortes, que ce soit le PDG de l’entreprise audio pour laquelle j’ai travaillé ou les vice-présidents chez Ross. J’ai ressenti des barrières dans certains pays, mais cela était lié à la culture et cela ne m’a pas entièrement bloquée. Je me suis adaptée et j’ai pu évoluer.
Il faut connaître sa valeur et ses capacités. Cela m’est déjà arrivé de refuser un poste car je ne m’en sentais pas capable.
On m’avait proposé de reprendre toute une zone en Asie, mais je savais que le réseau de distribution n’était pas encore au point. Je savais ce qu’il fallait mettre en place avant d’imaginer un nouveau poste avec de nouvelles responsabilités. C’est bien d’avancer, mais il faut que cela fasse sens. J’aime répéter qu’il est important de grandir, mais pas n’importe quand et surtout pas n’importe comment.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #65, p. 146-148
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