Cinéma et dématérialisation : Noir Lumière, c’est brillant !

La dématérialisation des contenus modifie principalement les canaux de distribution. Le cinéma, bien que numérique, n’avait pas vraiment profité pleinement de ces technologies. C’est aujourd’hui chose faite avec Noir Lumière qui a « disrupté » la relation entre les propriétaires de catalogue, ayants droit et les laboratoires...
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La société Noir Lumière a été créée en 2015 par Tommaso Vergallo et François Dupuy (qui étaient auparavant chez Digimage Cinema). Leur but : repenser le rôle et la fonction des laboratoires et décupler le potentiel du numérique. Certes le numérique est présent dans les workflows de fabrication, mais les méthodes restent encore très ancrées dans l’échange de supports physiques (notamment disque dur navette), l’idée fondatrice de la société étant de dématérialiser et d’automatiser les tâches à faible valeur ajoutée.

Les deux associés cherchaient des partenaires et se sont tournés vers la société CN Films qui développe la solution Cinego, un ensemble de services de gestion de films pour les exploitants, « Il y a des synergies entre les deux services et nous avons décidé de nous associer, bénéficiant ainsi de nos savoir-faire et carnets d’adresses mutuels », souligne Étienne Traisnel, président de Noir Lumière. Si Cinego assure la distribution des DCP vers les salles, Noir Lumière peut, en amont, fabriquer les DCP et, en aval, stocker tous les éléments servant à sa fabrication, les archiver, les partager…

 

 

Noir Lumière – cloud et micro-services

Noir Lumière est une plate-forme dans le cloud, mais dont la gestion se fait via des applications natives et non pas via des web apps. Le service additionne le meilleur des deux mondes, la souplesse du cloud, la sécurité des applications et il est compatible avec tous les OS (ordinateurs et mobiles). Les contenus sont stockés chez OVH car c’est une société de droit français, une notion importante pour les ayants droit.

« Nous sommes très transparents par rapport au stockage, en indiquant qu’OVH est l’hébergeur. Notre valeur ajoutée est sur la surcouche logicielle métier, pas sur le stockage. Cet ensemble de micro-services permet de gérer, manipuler, consulter les contenus on-line. Il est toutefois fondamental pour nous d’avoir des data centers en France. Nous avons choisi OVH pour cette raison et parce que le coût, notamment pour le stockage objet, est très compétitif », poursuit Étienne Traisnel.

Le développement de la solution a commencé en 2015 et est en production depuis 2018 avec, pour premier client, l’Agence du Court-Métrage, qui a confié tout le catalogue de DCP non-cryptés, pour lesquels elle a également demandé de fabriquer des ProRes. La plate-forme le permet de manière automatique. Autre client : Apollo Films, qui est une jeune société de distribution. Ses dirigeants ont une approche différente et pour eux l’intérêt de la plate-forme est de pouvoir fabriquer tout le matériel promotionnel – décliner des bandes-annonces, des cartons d’avant-première… Enfin, parmi les derniers clients, les Films du Losange (distributeur et producteur) qui confient à Noir Lumière les films restaurés pour lesquels ils souhaitent une conservation pérenne.

 

 

Une autonomie pour les clients

La philosophie de Noir Lumière est simple : elle consiste à dire qu’il faut stocker en numérique les films, pouvoir les exploiter facilement et que l’ayant droit ait la main sur toutes les étapes dans la fabrication des contenus. « Il ne s’agit pas de décorréler la conservation et l’exploitation des contenus. Nous avons une solution globale, simple d’usage pour nos clients », insiste Étienne Traisnel.

Noir Lumière est capable de conserver tous types de fichiers comme du DSM (suite d’images) gardées comme telles ou placées dans un IMF. Les clients peuvent stocker le DSM, les DCP d’exploitation, les ProRes, et séparément les mix Ciné et TV avec plusieurs fréquences d’images, les sous-titres. Tout cela, pour un film en 2K, fait un package qui pèse entre 2 et 2,5 To et pour un film en 4K plutôt 6 To. Tout est concentré au même endroit, ce qui offre un gain de temps et d’argent.

En termes de sécurité, Noir Lumière se repose sur les standards de sécurité d’OVH : « Il y a une duplication des données dans un second data center distant de 500 km. Pour le stockage, même en cas d’interruption de service, OVH garantit une durabilité à 100 % des données, donc rien n’est perdu. »

Noir Lumière sécurise, bien évidemment, les accès – tous les échanges sont cryptés – et l’accès se fait par mot de passe avec deux identifications ; et aussi il n’y a pas d’accès web, mais une application native (plus sûre) qui ne permet pas d’atteindre les liens des fichiers stockage objet d’OVH.

 

 

Un modèle économique souple

Il n’existe pas d’abonnement ; le client paye pour ce qu’il consomme. Un client se déploie sur autant de postes que nécessaire avec des profils différents (techniques, commerciaux, marketing). La gestion des droits d’accès est confiée à un responsable, lequel attribue en interne les droits pour chacun des membres de l’équipe. Le client charge dans son espace de stockage ses différents éléments (fichiers, dossier de presse, texte… Le client peut, via un système d’export, envoyer un lien de visionnage ou de téléchargement. Noir Lumière travaille sur l’intégration d’une technologie de transfert de fichier rapide, de type Aspera.

Pour l’upload, Noir Lumière a conçu un agent transporteur. Cet agent est installé chez le client ou chez les clients du client. Cela permet une autonomie totale pour des tâches simples. Dans un laboratoire traditionnel, il faut prendre contact avec le chargé de planning pour que le laboratoire envoie sa demande au client, ce qui peut prendre du temps et donc a un coût. Il faut faciliter la vie des clients.

Pour l’agent transporteur en ingest – il faut une connexion stable – il s’installe sur un serveur une machine qui fonctionne 24 h/24, il est pilotable à distance et cette procédure peut se faire depuis son portable dans la rue. L’ACM (Agence du Court-Métrage) dispose de son agent transporteur et Noir Lumière a toujours la main pour la partie technique.

La facturation est à la fois sur le stockage et les usages. Le stockage est tarifé au To par mois, avec deux classes de stockage chaud ou froid. Le chaud coûte 30 €/To par mois, sans frais de remontée sur la plate-forme. Pour le froid, c’est moitié prix, mais avec des frais de remontée. Par ailleurs, l’acte technique a également un coût ; un transcodage, un ajout de sous-titres, la fabrication de sous-titres… Une grille tarifaire, la plus simple possible, est établie, avec un tarif différent si c’est un long-métrage ou des programmes courts de type trailer. Le client dispose de la grille des coûts.

Tous les fichiers posés sur la plate-forme ont des proxys fabriqués automatiquement – il est possible de faire un contrôle visuel de ces images. Il n’y a pas de logiciel spécifique de QC, mais cela pourrait être sous-traité avec des sociétés comme NomaLab.

« Quand on dit à nos clients qu’ils peuvent voir un DCP pour eux-mêmes, c’est quelque chose qu’ils ne pouvaient pas imaginer. Auparavant, il fallait louer une salle de projection, charger un DCP dans le serveur pour regarder le contenu, faire venir l’équipe du film. Désormais, via le player intégré, ils peuvent le voir depuis leur ordinateur. Grâce aux outils de Noir Lumière, il est possible également de rajouter un logo sur un DCP et de transcoder de tout format vers tout format », précise François Dupuy, CTO de Noir Lumière.

Le lien avec Cinégo est évident ; les clients sont des distributeurs de cinéma et certains sont clients de Noir Lumière. Cinégo, pour sa part, réalise la programmation des films, crée les clefs, remonte les bordereaux et transfère les fichiers. « Des clients de Cinégo demandaient des modifications sur le DCP que nous ne savions pas faire. Désormais, nous avons une réponse avec Noir Lumière. »

 

 

En pratique

Lorsque les clients vont sur leur espace de stockage, ils le visualisent sous forme de rayonnage avec une visibilité de toutes les versions. Le film, le teaser, l’EPK, des extraits de films… Toutes les versions et tous les formats déclinés et déclinables.

Il y a quatre catégories :

• le matériel disponible pour le cinéma (DCP),

• le matériel pour la télévision (QuickTime avec les déclinaisons de ProRes),

• le matériel pour le web (H.264 ou H.265),

• le format master (DSM, IMF, DCDM).

 

Une fois dans une version de contenu, un player permet de voir chaque contenu de format. Il y a une adaptation à la bande passante pour voir le contenu dans la meilleure qualité disponible (jusqu’au 1080p). Il est possible de vérifier l’intégrité visuelle avec une qualité qui permet de déceler un défaut, de faire de l’avance image/image, une capture d’écran, de la commenter et de l’envoyer à une personne. Chaque projet dispose de sa messagerie indépendante, ce qui permet de s’échanger des informations entre membres d’une équipe. Les messages sont – confidentiellement – stockés sur les serveurs de Noir Lumière.

Sur chaque package, il est possible de créer des services de partage –par exemple envoyer un lien de consultation pour une personne externe. La personne reçoit un lien qui ouvre une page web (screener) et peut consulter le film. Ce lien dispose de statistiques pour analyser ce que la personne a regardé (un film, une partie…). Il est possible de créer des liens de téléchargement. Dans le futur, il sera possible de télécharger directement un DCP – via Aspera ou une technologie similaire.

Il est aussi possible de stocker son DCDM, créer son DCP à la demande et on peut le pousser vers les salles de cinéma. Sont également disponibles des fiches films avec les métadonnées des fiches pour les livraisons OTT et VOD, avec des connexions Allo Ciné et IMDB pour compiler les données. Les informations peuvent être exportées vers les laboratoires qui réalisent les films pour iTunes, Netflix, Amazon…

Il existe une App Noir Lumière qui fonctionne sur iOS et Android avec des notifications qui permettent de suivre les tâches en cours. Noir Lumière propose un outil simple, souple et facile d’usage qui devrait séduire tous ceux qui ont des catalogues qui dorment encore sur des étagères et des disques durs.

 

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #30, p.72/73. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors-Série « Guide du tournage ») pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.