Elgato et Bitfocus : quand le Stream Deck conquiert le broadcast et le Pro AV
Conçu à l’origine pour les créateurs de contenu, le célèbre Stream Deck d’Elgato a su se frayer un chemin inattendu dans les régies professionnelles. Aujourd’hui, Elgato (marque appartenant au groupe Corsair depuis huit ans) s’associe étroitement avec l’éditeur de logiciels norvégien Bitfocus pour proposer des solutions taillées sur mesure pour l’industrie du Pro AV et du broadcast.
Une synergie matériel-logiciel inédite
Le constat de départ est simple : les professionnels de l’audiovisuel, notamment sur les chaînes d’information françaises, ont spontanément adopté les boîtiers Stream Deck en les associant au logiciel Bitfocus. Face à cet engouement, les deux entreprises ont décidé de collaborer formellement.
Cette alliance permet aujourd’hui de contrôler un vaste écosystème :
- le logiciel Bitfocus intègre désormais 780 références d’équipements dans sa bibliothèque de contrôle ;
- l’interface permet de piloter une très large gamme de matériels, allant des caméras PTZ, mélangeurs vidéo (comme les modèles Sony), systèmes KVM et consoles audio, jusqu’aux éclairages Philips Hue ;
- le déploiement de cette solution logicielle est massif, touchant des utilisateurs répartis dans le monde entier.
Pour répondre aux exigences des ingénieurs système et des régies professionnelles, l’offre matérielle s’est considérablement élargie. Le fleuron de cette collaboration est le nouveau Stream Deck Studio. Ses caractéristiques majeures incluent :
- conception partagée : l’appareil est fabriqué par Elgato, mais il a été co-conçu directement avec Bitfocus ;
- connectivité réseau intégrée : le panneau dispose d’une interface réseau directement intégrée à l’arrière de l’appareil ;
- sécurité et profils via NFC : un lecteur NFC a été ajouté pour gérer finement les droits d’accès des utilisateurs. Grâce à ce système, un ingénieur technique peut scanner sa carte pour déverrouiller l’accès au routage vidéo, tandis qu’un utilisateur classique (ou animateur) n’aura pas accès à ces réglages critiques.
D’autres solutions matérielles et accessoires complètent cette offre :
- le modèle classique (vendu autour de 100 euros) reste la meilleure vente et constitue une solution idéale pour le travail de bureau d’un journaliste ;
- pour les besoins plus poussés, il existe des versions étendues dotées de 32 ou 36 boutons, ainsi que des modèles équipés de six cadrans rotatifs parfaits pour le contrôle du volume ;
- un adaptateur USB vers Ethernet exclusif permet d’alimenter n’importe quel modèle de Stream Deck via PoE (Power over Ethernet), offrant la liberté de placer le serveur d’exploitation n’importe où sur le réseau.
Automatisation et simplicité d’utilisation
L’objectif principal de l’alliance entre Elgato et Bitfocus est de rendre des environnements techniques complexes facilement accessibles à des utilisateurs finaux non techniciens. Qu’il s’agisse d’un petit studio de podcast ou d’une grande régie de diffusion (PCR), la configuration logicielle peut être finalisée en quelques minutes seulement. Grâce à cette interface unifiée et intuitive, une simple pression sur un bouton permet de :
- démarrer entièrement la salle de production ;
- charger automatiquement les bons habillages graphiques sur les moniteurs vidéo ;
- activer les microphones et lancer l’enregistrement de tous les canaux simultanément.
Enfin, le contrôle n’est pas limité aux seuls boîtiers physiques. L’ensemble de la grille de boutons peut être reproduite sur une simple page Web, permettant un pilotage depuis un iPad, un appareil Android, ou même, pour les configurations les plus insolites, depuis une Apple Watch.
Vizrt repousse les limites de la production : IA, incrustation sans fond vert et contrôle unifié
Lors du dernier salon NAB, Vizrt a clairement affiché ses ambitions : simplifier la complexité de la production en direct grâce à une intégration profonde de l’intelligence artificielle. Qu’il s’agisse de s’affranchir des contraintes physiques des plateaux ou d’automatiser la création de conducteurs, l’éditeur repense l’ergonomie de ses systèmes pour les broadcasters et le marché de l’intégration (AV).

Une révolution sur le plateau : AI-Keyer et Reality Connect
La grande nouveauté matérielle et logicielle réside dans les capacités d’incrustation de Vizrt, qui permettent désormais de se passer totalement de fond vert physique.
- L’outil AI-Keyer utilise une intelligence artificielle entraînée pour reconnaître exclusivement les formes humaines.
- Le système est capable d’isoler les présentateurs en excluant tout autre élément ou animal passant en arrière-plan.
- La fonctionnalité Reality Connect vient compléter ce dispositif en générant en temps réel les ombres et les réflexions des intervenants dans le décor virtuel.
- Cette technologie a été testée avec succès pour gérer jusqu’à huit personnes simultanément sur un simple fond coloré neutre.
Vizrt adopte une stratégie hybride pour ses moteurs d’intelligence artificielle. L’entreprise développe ses propres IA dans un écosystème fermé (notamment pour le sport et l’AI-Keyer), tout en collaborant avec des géants comme Nvidia pour optimiser les performances des produits existants.
L’IA générative au cœur de la rédaction
L’intégration de l’IA ne s’arrête pas au traitement de l’image, elle touche également le flux de travail journalistique. Vizrt a présenté un système de prompteur basé sur l’IA fonctionnant en langage naturel.
- Un journaliste peut demander au système de chercher des clips spécifiques (par exemple, des vidéos de Mbappé à la Coupe du Monde) de manière totalement automatisée.
- La création de synthés est simplifiée : il suffit de taper le nom d’un invité pour que le système remplisse et prépare le graphique de lui-même.
- L’outil est profondément multilingue ; des tests réussis ont permis de générer et traduire des conducteurs entiers et des synthés en grec, en polonais et en arabe.
CaptureCast : l’automatisation IP pour l’enseignement et le corporate
Si les chaînes de télévision restent un cœur de cible, Vizrt déploie également ses technologies sur le marché de l’éducation et de l’entreprise. La solution CaptureCast, qui fera d’ailleurs l’objet d’un webinaire prochainement, illustre cette volonté.
Basé sur le protocole NDI, CaptureCast automatise la captation de cours. Le système se synchronise avec les plannings des universités pour déclencher l’enregistrement des multiples caméras et des présentations PowerPoint sans aucune intervention technique humaine. Du côté de l’étudiant (VOD), l’expérience est interactive : la vidéo n’est pas figée, l’utilisateur peut naviguer de manière autonome entre les différents angles de caméras et les documents diffusés. Cette architecture est hautement évolutive, capable d’équiper une petite salle de classe tout en se connectant à un TriCaster pour un amphithéâtre complet.
Pour accompagner le déploiement de ces architectures complexes et gourmandes en ressources, Vizrt maintient son modèle économique basé sur la souscription. Cette flexibilité permet aux intégrateurs, aux universités et aux chaînes de lisser leurs budgets et de faire évoluer leurs installations progressivement.
Kiloview : l’évolution de la transmission IP et l’émancipation par le bonding
Dans un paysage audiovisuel en pleine mutation, les infrastructures évoluent rapidement pour répondre aux besoins d’agilité et de réduction des coûts. Entre le choix épineux des protocoles IP et l’émergence de solutions de bonding de plus en plus autonomes, le marché se transforme. Kiloview s’inscrit dans cette dynamique avec une approche pragmatique, notamment à travers sa technologie KiloLink et ses gammes P3.

Le passage à l’IP : ST2110, SDI et la nouvelle génération
La transition vers l’IP s’appuie aujourd’hui sur des équipements connectés au réseau par la fibre, équipés de ports SFP, permettant d’atteindre des capacités de bande passante allant de 10 à 40 gigabits, et même jusqu’à 100 gigabits pour gérer une multitude de flux. Au cœur des débats techniques, le protocole ST2110 est souvent plébiscité car il se rapproche de l’expérience SDI et offre une excellente qualité d’image.
Cependant, il n’existe pas de solution universelle : le choix dépend intrinsèquement des besoins de production.
- Le coût de l’excellence : une installation en ST2110 peut coûter cinq à dix fois plus cher qu’une infrastructure SDI classique.
- Le dimensionnement : déployer du ST2110 pour un petit studio est souvent inutile, tout comme une simple infrastructure SDI peut montrer ses limites dans un méga studio broadcast.
- Un changement culturel : on observe un véritable glissement générationnel dans les régies. Face aux techniciens de l’ancienne école, les nouveaux talents, souvent des « digital natives », privilégient la simplicité des interfaces basées sur des réseaux informatiques.
Bonding cellulaire : la flexibilité du P3 et P3 Mini
Sur le terrain de la transmission nomade, le marché de l’agrégation de liens (bonding) est en forte croissance, avec une demande particulièrement marquée en Allemagne et en Espagne pour les solutions Kiloview. En France, la marque attire des acteurs spécialisés cherchant des alternatives moins coûteuses aux solutions traditionnelles. Pour répondre à ces besoins de mobilité, Kiloview propose deux solutions matérielles principales :
- le P3 Mini : ce boîtier compact permet d’agréger jusqu’à trois cartes SIM, fonctionnant exclusivement en 4G ;
- le P3 : le modèle supérieur dispose de quatre emplacements (slots) pour des modems, offrant la possibilité de panacher des cartes 4G et 5G. Les modems 5G sont d’ailleurs capables de basculer sur le réseau 4G si nécessaire.
Pour optimiser la connectivité en dehors des réseaux cellulaires traditionnels, l’agrégation peut aller encore plus loin.
- Il est possible de combiner les puces cellulaires avec une connexion wi-fi ou un port RJ45.
- Cette méthode permet par exemple de se connecter à un système satellite comme Starlink en complément des modems, offrant ainsi la possibilité d’agréger jusqu’à cinq ou six flux simultanés.
- L’avenir de ce type de production s’oriente également vers l’utilisation de puces IoT, qui permettent de ne pas être lié à un seul opérateur téléphonique.
KiloLink Station : la fin des abonnements et le contrôle total
La véritable force de l’écosystème Kiloview réside dans son modèle économique et technologique, basé sur le KiloLink Server, installable en cloud ou en local. La technologie KiloLink permet de récupérer le flux et de le ressortir dans différents formats tels que le SRT, le RTMP, le RTMPS ou encore le NDIHX en local. Pour simplifier cette infrastructure, le constructeur s’apprête à lancer la KiloLink Station :
- serveur intégré : il s’agit d’un serveur préconfiguré capable de gérer jusqu’à huit machines simultanément ;
- sorties natives : contrairement à un serveur classique qui nécessiterait un décodeur externe pour convertir le SRT, la station intègre directement des sorties SDI ou HDMI ;
- système fermé et sécurisé : la KiloLink Station tourne sur une base Linux mais a été pensée comme une « Appliance » (un système fermé et « plug and play »), évitant ainsi qu’un utilisateur novice ne modifie le code et n’endommage le serveur ;
- propriété du moyen de production : commercialisée au tarif de 1 500 euros, cette station permet aux utilisateurs de devenir propriétaires de leur outil de production. Contrairement à d’autres systèmes concurrents nécessitant de louer le serveur et de payer des abonnements mensuels ou des frais pour télécharger son propre contenu, l’acquisition de la station Kiloview supprime ces frais récurrents.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #68, p.70 -72