Projeter en Ultra Panavision 70 mm : un défi technique ?

Quentin Tarantino a insisté auprès de son producteur, Harvey Weinstein, pour que Les huit salopards puisse être montré aux spectateurs dans son format d’origine et donc en Ultra Panavision 70 mm. De par le coût des tirages pellicule (chaque copie coûte plusieurs dizaines de milliers de dollars, sans compter les frais de transport…), il était impossible de présenter le film exclusivement dans ce format. En parallèle de son exploitation 70 mm dite « Roadshow » aux USA, il est donc distribué en numérique classique (4K) avec un montage sensiblement différent par rapport à la version argentique. (1)
2bobinesOK.jpg

Publié le 29/02/2016

2bobinesOK.jpg

 

Le coût des tirages pellicule n’est toutefois pas la seule contrainte d’une sortie en 70 mm. En effet, de très nombreuses salles ne sont plus équipées de projecteurs capables de jouer des copies 35 mm (et encore moins de 70 mm). Autre difficulté (et non des moindres) : peu de cinémas ont encore le personnel technique compétent pour gérer correctement ce type de séance exceptionnelle.

En France, quelques salles réunissent encore ces conditions ou ont fait les investissements nécessaires pour les réunir à nouveau le temps de quelques séances. C’est le cas du Grand Rex (pour l’avant-première), du Grand Mercure d’Elbeuf, de l’Apollon Ciné 8 de Rochefort, du Cézanne d’Aix-en-Provence, du Gaumont Marignan et du Kinepolis de Lomme. C’est dans ce dernier cinéma que nous avons pu assister aux préparatifs et à la projection en Ultra Panavision 70 mm. 

 

Installation et réglages

Le matin même de la projection, le film de presque trois heures a été livré sous la forme de deux gigantesques bobines qui constituent la première et la deuxième partie. Selon les souhaits du réalisateur, le film possède une introduction sonore et un entracte. Ce dernier laisse le temps au projectionniste de charger la deuxième partie du film. Au Kinepolis de Lomme, c’est un opérateur aguerri et expérimenté au format, Franck Nis, qui est aux commandes. C’est lui qui a notamment reconditionné le projecteur pour qu’il puisse à nouveau tourner du 70 mm.

La pellicule circule dans un réseau de galets jusqu’au projecteur et se rembobine sur un plateau libre. Le chargement du film dans le projecteur lui-même fait l’objet de toutes les attentions de la part de l’opérateur, qui a conscience de la valeur de la copie. Franck Nis insiste ainsi sur le fait qu’une seule mauvaise manipulation peut définitivement la détériorer (rayures…). Un technicien de la société 2AVI, mandatée par le distributeur français du film (SND), veille attentivement à ce que la bobine soit parfaitement préparée et chargée.

Les copies 70 mm ont toutes été tirées par le laboratoire Fotokem aux USA. Elles ne sont donc pas sous-titrées en français. Pour assurer la diffusion des sous-titres, un petit vidéoprojecteur est placé en cabine. Il est synchronisé avec le défilement de la pellicule. Le son (entièrement numérique, lui) est assuré par un lecteur DTS XD10. Les données numériques de la piste sonore sont ainsi synchronisées avec un signal horloge (time-code) présent sur la copie 70 mm.

 

Une expérience rare !

Après une instructive présentation en salle par un spécialiste du format, François Carrin, la projection commence sur un imposant écran de vingt mètres de base. Dès les premières images, on ressent le « vibrato » de l’argentique. En effet, ce n’est pas un fichier électronique qui est diffusé mais une pellicule entraînée mécaniquement dans un projecteur. Il y a donc une infime vibration dans la fixité, une forme de pulsation oubliée depuis l’avènement du tout numérique.

La dimension organique des images saute littéralement aux yeux. Il y a un piqué, une luminosité et un contraste qui explosent dans quasiment tous les plans. Les magnifiques paysages naturels sont alors sublimés. Mais, en tant que spectateur, le 70 mm est capable de nous surprendre, même dans des moments intimistes à l’image d’un gros plan saisissant sur le visage de Samuel L. Jackson dans la diligence. Le format établit alors une proximité inédite avec les personnages et donc avec l’histoire que l’auteur cherche à nous raconter.

En argentique, l’œuvre se confond avec son support. Et, le temps de ces quelques projections, on pouvait effectivement se sentir plus proche de l’œuvre. Un plaisir immédiat et impossible à reproduire chez soi que l’on espère revoir bientôt. Le prochain film de Christopher Nolan consacré à l’évacuation des alliés à Dunkerque en 1940 sera tourné en Imax pellicule et en 70 mm. Interstellar avait bénéficié de tirages dans ces deux formats, mais majoritairement aux USA. Rendez-vous pris en 2017 ?

(1) Extrait de notre article « Tarantino, son dernier film est en Ultra Panavision 70 mm » paru en intégralité, pour la première fois, dans Mediakwest #15, pp66-68. Abonnez-vous à Mediakwest (5 nos/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour recevoir, dès leur sortie, nos articles dans leur totalité.

 

Articles connexes

Annecy pour le meilleur de l’animation française

Pour sa cinquantième édition, le Festival international de l’animation d’Annecy a fêté le cinéma d’animation et ses producteurs les plus...
Trois fois primé à Annecy, « Le Corset » réalisé par Louis Clichy est le premier long-métrage d’animation produit par Eddy Cinéma. © Eddy Cinema, Beside Productions, Regular Production, France 3 Cinema, Auvergne Rhône-Alpes Cinema, RTBF

23 octobre 2026

TV5MONDE arrive sur Prime Video en France et en Allemagne

TV5MONDE signe son premier accord de distribution avec Prime Video. Les membres Amazon Prime en France et en Allemagne peuvent...

23 octobre 2026

CANAL+ inaugure les studios MANCALA à Abidjan

CANAL+ inaugure les studios MANCALA à Abidjan, en Côte d'Ivoire. Avec trois plateaux modulables et une capacité annoncée de plus...
© Canal+

23 octobre 2026

Alexandre Astier au Salon de la Photo : « Le film, c’est ce qui clôt une aventure artistique avec des gens »

Sur le papier, le moment n’a jamais semblé aussi propice pour faire du cinéma. À l’occasion de la Grande Rencontre...
Alexandre Astier et Jean-Marie Dreujou au Salon de la Photo © Denica Tacheva

22 octobre 2026

Dernier numéro

Découvrez toutes les nouveautés

Dernières Vidéos

ST 2110, production logicielle, IA, cloud : Mickaël Casse présente les tendances qui redessinent le broadcast
IA et animation, Aton Soumache livre sa vision sur le plateau SATIS TV
Après le ST 2110, la virtualisation, BOB ouvre un nouveau chantier pour les régies broadcast
Du documentaire animalier aux écrans immersifs : le pari technologique de Saint Thomas Productions

Mediakwest, est le premier magazine « multiscreen » destiné aux professionnels de l’audiovisuel, de la télévision, du broadcast, du cinéma, des nouveaux médias et de l’entertainment.

Accès rapide