Qu’est-ce qu’un « RIG 3D  » ?

Le terme « Rig » est emprunté à l'anglais et signifie « pièce d'équipement sur laquelle on peut monter quelque chose ». C'est le nom générique donné à tous les systèmes existants permettant de fixer ensemble deux caméras afin de tourner en relief.
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Le type de rig le plus simple est le système des caméras dites « côte à côte ». Il s’agit de positionner les caméras l’une à coté de l’autre sur un rig simplifié permettant de régler convergence, entraxe et alignements géométriques.

Ce système permet d’obtenir rapidement un relief propre, si l’opérateur a pris soin de sélectionner des objectifs dont les focales sont les plus proches possibles (ce choix nécessite de nombreux essais chez les loueurs afin de sélectionner les objectifs les plus ressemblants en terme d’angle de champ, comme nous le préciserons un peu plus bas.).

Les rigs côte à côte présentent néanmoins un défaut de taille : l’entraxe minimum est directement limité par la largeur des caméras, voire des objectifs. Certaines caméras miniaturisées permettent de descendre assez bas en entraxe, mais rarement en dessous de 5 cm… De fait, ces rigs sont principalement utilisés pour des situations où on est contraint d’être assez loin du sujet filmé, comme pour les axes larges dans les captation live ou encore les plans aériens.

Pour palier à ce problème d’entraxe a été inventé le rig à miroir semi-transparent, qui reste le système de prise de vues 3D le plus utilisé à l’heure actuelle. Le principe est simple : les deux caméras sont placées l’une au-dessus de l’autre (une horizontalement, l’autre verticalement), et un miroir semi-transparent permet de renvoyer la moitié de la lumière à 45° alors que l’autre moitié passe à travers. Attention néanmoins, selon la qualité du miroir utilisé, les deux caméras peuvent capter des images à la colorimétrie ou luminosité légèrement différentes. De plus, le principe de la séparation de la lumière par le miroir provoque la perte de la moitié de celle-ci, c’est à dire un diaphragme. En condition de basse luminosité, cette perte peut s’avérer très gênante.

 

Ce système permet un réglage de l’entraxe entre zéro et une quinzaine de centimètres selon les rigs, et complète donc les possibilités du système côte à côte. Selon le sujet, il est bon d’avoir à disposition les deux systèmes afin de parer à toute éventualité. Du fait de la réflexion de la lumière par le miroir, une des deux caméras recevra une image inversée horizontalement et parfois aussi verticalement. La plupart des moniteurs modernes 2D ou 3D intégrant une fonction flip et/ou flop, ce détail ne devrait pas poser problème outre-mesure. Le retournement des rushes de cette caméra s’applique ensuite en post-production.

Le rig à miroir est généralement peu aimé des équipes de tournage : Lourd, encombrant et parfois bruyant, nous sommes bien loin des dernières avancées en matière de caméras, légères et de plus en plus petites… Il demande de plus de délicats alignements géométriques détaillés un peu plus loin qui peuvent retarder le plan de travail. Néanmoins les derniers rigs arrivés sur le marché montrent des avancées technologiques considérables : ils sont de plus en plus légers et pratiques et, pour la plupart, les réglages de stéréoscopie et d’alignement sont motorisés et commandés à distance, permettant une plus grande souplesse au tournage.

 

Autres systèmes de prise de vue stéréoscopique

 

Les rigs 3D ne sont pas les seuls outils permettant de tourner en relief, d’autres systèmes existent, et sont souvent dédié à un usage très précis qu’il s’agit de bien connaître.

Tout d’abord, il y a bien entendu les caméras 3D mono-corps qui se présentent sous la forme d’une simple caméra, mais avec un double objectif.

Panasonic et Sony ont déjà commercialisé plusieurs modèles de ces caméras, tout public ou professionnels, et rencontre un certain succès.

 

Ces caméras ont l’avantage de n’avoir d’un seul corps, menu, enregistreur et viseur comme une caméra 2D classique. Elles sont donc très légères et facile d’utilisation. Néanmoins, le système à double objectif présente un inconvénient de taille : Il ne propose qu’un seul entraxe possible.

Impossible donc d’utiliser ce paramètre pour s’adapter aux diverses situations ou pour un usage artistique et narratif. C’est un peu comme s’il s’agissait d’une caméra avec une distance de mise au point fixe, il faut constamment adapter le réel à cette restriction, au lieu de faire l’inverse. Ainsi, à une focale donnée, le cadreur est contraint de se positionner à une distance très précise du sujet filmé, sans quoi le relief serait ou trop fort et douloureux (trop près) ou plat et inintéressant (trop loin). C’est une contrainte très difficile, et qui en plus retire une bonne partie de l’aspect narratif de la stéréoscopie. C’est néanmoins un système qui peut trouver sa place au sein d’un documentaire ou d’une captation où un rig 3D est trop compliqué ou trop cher, ou venir compléter d’autres systèmes pour une utilisation optimisée. Pour peu que toute l’équipe soit bien consciente et avertie des limitations de ce type de caméra, de très belles séquences 3D peuvent être tournées avec.

 

Quelques autres systèmes un peu exotiques sont aussi utilisés pour certains cas particuliers, comme la macro-photographie par exemple. En effet, dans ce cas l’entraxe doit être très petit, et les objectifs macro rendent souvent l’utilisation du système à miroir semi-transparent très compliquée. On utilise alors des systèmes optiques à base de miroir, afin de renvoyer le faisceau de lumière dans les deux objectifs.

Un autre système a été utilisé dans les débuts du cinéma en relief : un prisme séparateur constitué de ceux faces aluminées renvoyait les images dans deux caméras placées l’une en face de l’autre : le système Natural Vision. Ce système a joué un rôle considérable dans la vague 3D des années 50, en effet il a servi à tourner les grands films marquants de cette période : « Bwana Devil » de Oboler, « House of Wax » de de Toth et « Le crime était presque parfait » de Hitchcock.

Ce système continue d’influencer des bricoleurs de génies, notamment les accros à la stéréo-photographie qui fabriquent toutes sortes de montages extraordinaires.

Nous pouvons aussi citer d’autres inventions telles que la caméra qui enregistrait l’image gauche et droite côte à côte sur la pellicule ou encore directement en anaglyphes par un système de double-objectif avec filtres de couleur… Il n’y a pas de limites à l’imagination des stéréophiles !

 

Extrait du livre « La pratique de la mise en scène en 3D » de Céline Tricart – Baie des Anges éditions