Ecrans

Wildmoka, la « digital media factory » multi-flux multi-écran

Fondé en 2013, Wildmoka – et ses différents outils pensés nativement pour le cloud – facilite la transition vers le non linéaire, l’OTT, les réseaux sociaux. Utilisé principalement par les grands acteurs du broadcast dans les secteurs des news et du sport, Wildmoka rend possible l’impossible en termes de productivité et diffusion multi-écran.
Wildmoka est un facilitateur qui permet à partir du flux principal de décliner toutes les versions de vidéos pour les réseaux sociaux, les différentes plateformes. © DR

La Digital Media Factory développé par Wildmoka est une solution qui regroupe un ensemble d’outils pour la création et la distribution des clips, des reels et des flux en direct sur l’OTT, les applications mobiles et les réseaux sociaux. Face à la multiplication des plateformes de publication digitales, cette solution spécifique répond au besoin d’adapter un flux vidéo vers un ensemble de formats et d’écrans hétérogènes.

Si cela paraît simple sur le papier, il en est tout autrement dans les faits. Il ne s’agit pas en effet de prendre un flux vidéo 16/9 premium et de le diffuser tel quel sur différents écrans et réseaux sociaux. Ce qui est produit doit être capable de s’adapter à la plate-forme finale. Il y a un travail de multi-versionning, multi-repurposing…

Les formats cibles à produire ne sont pas des formats classiques de télévision 16/9 mais des formats carrés, ou bien 2/3, 4/5, ou bien encore verticaux en 9/16. Ces formats qui paraissent exotiques sont ceux proposés par les réseaux sociaux majeurs.

 

Certains diffuseurs n’ont pas encore intégré le fait qu’il est crucial d’adapter le contenu aux écrans. Cela donne des images et des textes coupés. © DR

 

« Il y a une multiplication des formats et même si c’est un travail important pour produire un match de football international avec vingt caméras, de nombreux intervenants humains et des moyens techniques hauts de gamme, il ne faut pas négliger les étapes après la production du flux principal. Ce que les gens ne réalisent pas c’est qu’à partir d’un flux il va falloir faire le même effort pour l’éclater dans un nombre incroyable de formats, que ce soit des clips des meilleurs moments, des résumés, des contenus avec ou sans pub, de la pub en laissant le live visible. Il y a une véritable complexité pour localiser le format à la plate-forme et à l’audience cible. Il est impossible en termes de coûts de déléguer toutes ces productions à des monteurs broadcast. Il y a une nouvelle génération de monteurs (storytellers) qui ne sont pas des crafteurs vidéo professionnels et nous leur avons développé des outils simples qui puissent les aider et aller vite, tout en respectant les codes du digital », souligne Matt Loreille CMO Wildmoka.

 

Du « un pour tous » vers le « chacun le sien »

Le nombre de formats désirés évolue tous les jours et dépend également de la maturité des diffuseurs. Il y a des diffuseurs qui vont prendre leurs clips et les diffuser partout de la même manière. Ces broadcasters n’ont pas encore perçu les avantages de valoriser leurs contenus sur chacune des plateformes de réseaux sociaux. À l’inverse d’autres vont aller plus loin en jouant sur l’aspect ratio, les graphismes, le storytelling qui sera différent d’une plate-forme à l’autre. Ces broadcasters opèrent une segmentation d’audience basée sur la plate-forme de diffusion cible.

Quand un diffuseur dont la stratégie digitale est assez avancée couvre un événement sportif majeur, le contenu publié est différent sur Facebook, Twitter, YouTube, Instagram, TikTok ou Snapchat. Sur Facebook, il y aura des contenus moyennement longs ; sur Twitter, les followers veulent des infos concises des moments clefs ; sur YouTube, il y a des résumés longs qui peuvent atteindre 20 minutes ; sur Instagram, c’est orienté people ; sur TikTok, les vidéos jouent sur l’humour comme pour SnapChat.

Il y a du vertical, du semi édité, du quasi temps réel, avec tous ces formats là il faut que les personnes qui utilisent l’outil soient avant tout des créatifs. Ce ne sont pas tous des monteurs professionnels. Wildmoka a développé des outils simples qui peuvent être utilisés n’importe où. Chez les clients Tier-1 de Wildmoka, il y a souvent des centaines d’éditeurs formés qui utilisent la plate-forme Wildmoka. Il y a des freelances qui collaborent et qui peuvent ainsi, selon les grands événements, venir supporter les équipes internes.

Lors des Jeux Olympiques, certains clients de Wildmoka lui envoient 45 flux lives additionnels pour couvrir 100 % des événements sportifs. Ces flux sont utilisés pour les diffuser live sur les plateformes OTT, tout en insérant de la publicité. Ils servent également à créer des near-live clips ainsi que des résumés pour ceux qui n’auraient pu suivre le live.

Il y a également des clients qui segmentent le travail des éditeurs par type d’émission ou de sport. Il y a par exemple des éditeurs particuliers pour une matinale, ou telle ou telle émission car l’accès à l’outil est illimité en termes d’utilisateurs et très simple d’utilisation.

 

Wildmoka propose deux niveaux de « Responsive Video ». Le premier consiste à replacer les graphismes sur la vidéo, en les adaptant à ses nouvelles dimensions. Pour cela il faut que Wildmoka puisse disposer de la libraire de graphisme et du clean feed, ce qui est de plus en plus le cas. © DR

 

Le Responsive Vidéo selon Wildmoka

La solution de Wildmoka intègre une fonctionnalité basée sur l’IA que l’on appelle Responsive Video. On connaît le Responsive Web qui permet aux sites de s’adapter selon les écrans. Wildmoka a développé ce concept pour la vidéo. Il ne s’agit pas juste de recadrer un flux vidéo car cela dans de nombreux cas ne sera pas qualitatif. Lors d’un recadrage, le graphisme sera coupé, une partie des informations sera absente. Wildmoka propose deux niveaux de Responsive Vidéo afin de répondre à différents niveaux de complexité des flux broadcast transformés en contenu digital.

Le premier niveau consiste à replacer les graphismes sur la vidéo, en les adaptant à ses nouvelles dimensions. Pour cela, il faut que Wildmoka puisse disposer de la libraire de graphisme et du clean feed, ce qui est de plus en plus le cas.

Pour le second niveau, il s’agit en plus de faire intervenir l’IA pour aller chercher et reconnaître les différentes zones d’intérêt et les recomposer en faisant en sorte que toutes les informations importantes soient incluses dans le nouveau flux. Cette fonction s’appelle Auto ReZone. Wildmoka a remporté quatre Industry Awards avec cette solution.

Sur l’application BFM TV qui utilise cette technologie, il est possible de manière dynamique de changer la position du présentateur, des intervenants, des outdoor reportages. La transformation du format horizontal en format vertical est faite dans le cloud sur le flux live antenne.

« C’est en temps réel. On prend un Feed Live en entrée et quelques secondes après la version modifiée ressort pour être diffusée. Il faut travailler avec la chaîne sur la partie graphique pour savoir comment le graphisme doit exister dans le nouveau format vertical. À partir du moment où la charte graphique verticale est définie, il est possible de créer une nouvelle version de la vidéo qui soit différente du feed original avec de l’infographie plus grosse, de la pub, de l’animation. Et l’expérience utilisateur est totalement changée. Nous disons qu’un smartphone ce n’est pas une télévision portable, un smartphone doit avoir sa propre expérience, son propre champ d’application », poursuit Matt.

 

Pour le second niveau, il s’agit en plus de faire intervenir l’IA pour aller chercher et reconnaître les différentes zones d’intérêt et les recomposer en faisant en sorte que toutes les informations importantes soient incluses dans le nouveau flux. © DR

 

Les stratégies digitales sont de plus en plus complexes

Wildmoka collabore avec les plus importants broadcasters (Tier One) dans l’industrie comme NBC, Sky, beIN, Eurosport, Canal+, BFM ou France Télévisions. « Personne n’a ce niveau de clients aussi important et prestigieux avec, comme mission, de pouvoir diffuser tout type de contenu sur tout type de devices dans tout type de format et de destination digitales », insiste Matt Loreille.

Wildmoka se considère comme un facilitateur en répondant, avec une solution simple à utiliser, à la complexité de la fragmentation des formats et des écrans. L’interface est simple pour les utilisateurs, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit simple technologiquement. À titre d’exemple, Discovery a changé de partenaire pour signer avec Wildmoka et a formé ses équipes en moins de trois mois pour être prêt pour les Jeux Olympiques d’été à Tokyo. Le dispositif technique mis en place s’adressait, en 14 langues, à 14 pays et 300 éditeurs ont été formés en cinq semaines, chaque éditeur ayant des droits particuliers sur le contenu à utiliser.

L’interface est intuitive mais elle est puissante et focalisée sur l’efficacité éditoriale. Je fais mon point d’entrée, de sortie, je fais quelques corrections et j’appuie sur « publish » et je n’ai rien d’autre à faire. J’utilise un browser, un ordinateur portable, il n’y a pas besoin de haut débit, tout se fait dans le cloud.

 

Cette multi génération de contenus vers plus de monétisation

France Télévisions a été l’un des premiers diffuseurs à offrir tous les contenus dont elle a les droits à son audience. Cela veut dire diffuser l’intégralité des matchs, événements sur ses différentes plates-formes sans se limiter à ses capacités de diffusion linéaire. Elle a par conséquent amélioré sa monétisation, même si sa mission première en tant que chaîne publique reste d’offrir un service de diffusion irréprochable ouvert à tous les Français. Par exemple, durant Roland Garros, tous les cours sont diffusés en live avec la monetization de pre-roll et mid-roll associée sur ses plates-formes OTT. Mais France Télévisions va encore plus loin en créant une variété d’autres formats tels que les clips des meilleurs moments, les résumés ou encore les replays. Les fans peuvent ainsi consommer du contenu à leur convenance, sur la plate-forme de leur choix, au format de leur choix.

« Dans la diffusion de contenu, il y a la couverture de l’événement sportif lui-même, mais c’est maintenant loin d’être suffisant. On s’aperçoit en consultant les tops de succès des réseaux sociaux que ce qui fait le buzz ce sont les micros événements dans les événements, avant ou après l’événement. Les jeunes adultes ont grandi avec les réseaux sociaux et ce qu’il se passe en dehors du terrain est devenu d’égale importance et doit être couvert par les broadcasters avec de nouveaux codes de création de contenu. Cela complexifie énormément les stratégies digitales des broadcasters », conclut Matt.

Il y a quelques mois, Wildmoka a été racheté par Blacklight pour créer un écosystème de la production à la diffusion. La holding a racheté quatre autres sociétés dans le secteur des médias : ftrack (Suède), Celtx (Canada), Iconik (Suède) et  Zype (USA).

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #48 p. 108–110