© Nathalie Klimberg
Dans un contexte de mutation des usages et de tensions internationales, l’excellence industrielle française s’impose plus que jamais comme un levier stratégique de compétitivité pour le CNC…
Usages, plateformes et intelligence artificielle : maîtriser la transformation
« Quatre-vingts ans après la création du CNC, nous vivons – j’en suis profondément convaincu – une période de réinvention majeure de l’image animée », a souligné Gaétan Bruel avant d’analyser la situation…
La première rupture est celle des usages. La montée en puissance des plateformes gratuites et des formats courts fragilise les œuvres dites « premium », du cinéma au jeu vidéo. Dans ce contexte, Gaëtan Bruel alerte sur le risque d’un appauvrissement technique et culturel.
Pour autant, il ne s’agit pas de résister au changement, mais de l’orienter. L’enjeu consiste à faire circuler l’exigence et le savoir-faire français vers les nouveaux espaces de diffusion, plutôt que d’en subir les standards.
« Il nous faut bâtir des ponts, casser les silos. Et c’est exactement dans cet esprit que nous avons organisé cette année, pour la première fois, une table ronde dédiée à la montée en gamme des productions pensées pour les plateformes de partage de vidéos et les réseaux sociaux. L’objectif est de faire infuser l’exigence et le savoir-faire français dans ces nouveaux espaces et non l’inverse.
D’autant plus que l’évolution technique, marquée par l’hybridation entre production physique et production numérique, renforce la porosité entre le live action, l’animation et le jeu vidéo » a constaté le président du CNC avant de préciser « Là , ce sont vos métiers, vos expertises, qui détiennent une grande partie des clés du renouvellement des formes et des récits.
Plateformes et VFX : un moteur de structuration industrielle
La contraction actuelle de l’industrie hollywoodienne pèse sur les volumes mondiaux de production. Pourtant, l’intégration des plateformes dans l’écosystème français a produit des effets structurants, notamment pour la filière VFX….
« Jusqu’en 2020, un seul studio français travaillait régulièrement sur des productions internationales. Depuis l’instauration du bonus VFX, 25 studios différents ont travaillé sur des productions internationales, tout en restant actifs sur le marché national », a constaté le président du CNC.
Grâce au bonus VFX et aux partenariats internationaux, les studios français ont gagné en maturité et en visibilité. Aujourd’hui, les effets visuels deviennent un facteur d’attractivité à part entière, capable de déclencher ou de fixer des tournages sur le territoire.
Mais après une phase de forte croissance, la filière audiovisuelle française traverse une période de turbulences, marquée par la contraction du marché mondial et une concurrence internationale accrue. Pour y faire face, la France a prévu de revaloriser le crédit d’impôt international, prévue dans le cadre de la nouvelle loi de finances, a annoncé le président du CNC.
Un élargissement de l’assiette des dépenses éligibles, notamment aux rémunérations de talents extra-européens, aura pour but de renforcer l’attractivité du territoire et de repositionner la France parmi les grandes destinations mondiales de tournage. La mesure devrait corriger un décrochage de compétitivité avec les pays voisins.
Au-delà de l’accueil de productions internationales, l’enjeu est aussi celui de l’export des œuvres françaises. Dans un marché globalement décroissant, l’export devient aussi une priorité stratégique.
Le come-back du studio
Pour Gaétan Bruel, l’attractivité des tournages internationaux et l’internationalisation des œuvres françaises doivent avancer de concert.
Dans cette perspective, le retour du studio apparaît comme un levier clé. Longtemps marginalisé, il redevient un espace de création et d’invention sans équivalent, où décors physiques, effets visuels et écriture visuelle exigeante peuvent se croiser pour créer une narration spectaculaire. Des films récents illustrent cette dynamique «Redécouvrir le studio aujourd’hui, ce n’est pas revenir en arrière. C’est renouer avec une tradition profondément créative et réaffirmer le studio comme un espace de liberté et d’invention. », a-t-il rappelé en citant l’exemple emblématique d’Emilia Pérez de Jacques Audiard ou de Vermines de Sébastien Vaniček.
Une ambition assumée pour la filière française
En résumé, pour maintenir l’excellence du cinéma français, le CNC entend accélérer la transformation des méthodes de production. L’enjeu est clair : intégrer plus tôt les experts techniques dans le processus créatif et considérer les infrastructures comme de véritables partenaires de la création.
Première priorité, la formation, notamment via les dispositifs soutenus par France 2030. Plusieurs écoles s’engagent déjà dans cette évolution des métiers, en intégrant l’intelligence artificielle, la production virtuelle et les nouvelles compétences hybrides.
Le CNC travaille également à objectiver le coût réel des tournages en studio, en tenant compte de l’ensemble des externalités. En lien avec la FICAM, l’objectif est de dépasser les idées reçues et de mieux mesurer les bénéfices économiques et créatifs de ces choix de production.
Par ailleurs, le Centre souhaite renforcer les workshops dédiés aux métiers techniques et aux dispositifs de soutien existants, afin de faciliter la circulation des savoir-faire entre producteurs et professionnels.
Enfin, le rôle des commissions du film est réaffirmé comme essentiel pour irriguer les territoires et soutenir l’activité des tournages.
Dans un paysage mondial de plus en plus standardisé, le CNC entend bien faire de l’excellence technique un levier de singularité et de compétitivité pour les œuvres françaises. Une stratégie offensive, assumée, pour laquelle la filière dispose déjà, dès aujourd’hui de solides atouts….
France 2030 et La Grande Fabrique de l’image
Afin de rester compétitif dans un marché mondialisé et pour préserver une création exigeante, portée par des métiers hautement qualifiés, le CNC s’appuie tout particulièrement sur France 2030 et sur l’appel à projets La Grande Fabrique de l’image…
Les projets soutenus visent :
- le développement de studios de tournage et de postproduction adaptés aux standards internationaux,
- la montée en gamme des infrastructures VFX et animation,
- des équipements modulables, pensés pour une production hybride mêlant physique et numérique,
- un ancrage territorial fort, au service de la production française comme internationale.









