FIFA World Cup, Multiscreen, 4K et au delà…

Le sport est un laboratoire unique pour valider des nouvelles technologies, magnifier l’image. La Coupe du Monde et les Jeux Olympiques représentent un summum quant aux solutions déployées, aux workflows mis en place, aux moyens techniques et humains qui y sont consacrés. L’édition 2014 de la Coupe du Monde ne dérogera pas à la règle. Le monde va vibrer Football pendant plusieurs semaines, le ballon rond sera partout, des écrans de télévision aux nouveaux écrans, car un volet multimédia très important sera inauguré cette année en termes de diffusion multi-screen. Le président de HBS (Host Broadcast Services), Francis Tellier, nous présente le dispositif technique broadcast et nouveaux médias mis en place au Brésil.
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La Coupe du Monde de Football, organisée par la FIFA, a toujours été un terrain privilégié pour « tester» grandeur nature des nouveautés en termes de prise de vues. La Haute-Définition, la 3D, ont ainsi bénéficié de conditions exceptionnelles pour valider leur utilisation ou leur déploiement sur d’autres événements. Cette année, le sport sera magnifié en 4K.

 

L’Ultra HD en test

Cette année, c’est l’Ultra HD qui sera à l’honneur sur quelques matchs. L’Ultra HD est l’un des nouveaux paris des industriels de l’audiovisuel. Petit à petit la chaîne de valeur se complète et l’écosystème se renforce avec de nouveaux maillons « 4K compatibles ». Toutefois la distribution et la diffusion des contenus restent à développer, et la Coupe du Monde permettra, à l’échelle planétaire, de disposer de contenus « live » qualitatifs, dynamiques pour tester certains workflows.

Ensemble, Sony et HBS seront responsables du projet 4K au Brésil. Sony a choisi la société brésilienne Globosat (faisant partie du groupe TV Globo) et la société Telegenic, basée au Royaume-Uni, pour fournir la plateforme de production. Globosat est responsable de la mise à disposition des installations techniques sur le terrain, tandis que Telegenic apporte, pour l’exécution du projet, son expertise technique et son expérience, acquises lors des essais 4K organisés dans le cadre de la Coupe des Confédérations l’année dernière. Les deux sociétés ont été choisies pour leur position novatrice dans leurs domaines, car elles apportent une mine d’informations et de connaissances en production d’événements sportifs en direct et sont reconnues pour proposer des diffusions d’excellente qualité. Fujinon fournira pour sa part des optiques dédiées à la captation 4K.

Au cours des dernières années, Sony a travaillé en étroite collaboration avec HBS et la FIFA pour repousser les limites de la production live lors d’événements, notamment pour la Coupe des Confédérations, où le format 4K en direct a été testé, ainsi que pour la Coupe du Monde de la FIFA 2010, où 25 matches ont été filmés en 3D en direct. Sony s’est également imposée comme une société novatrice pour la production live.

Outre la finale, qui sera captée en 4K UHD en parallèle de la réalisation principale, trois autres matches à Rio (depuis le quart de finale ) auront été également réalisés en UHD. La NHK, pour sa part aura capté 8 matchs en 8K. Cette Coupe du Monde aura permis à la NHK de mener une série de tests en vue de lancer de manière commerciale l’Ultra HD2 (8K) en 2020 pour les Jeux Olympiques qui se dérouleront au Japon. La NHK bénéficie d’un certain régime de faveur, car venir avec son propre équipement en parallèle de l’équipement principal est exceptionnel. Mais la chaîne japonaise est un gros détenteur de droits sportifs, ce qui explique la bienveillance de la FIFA à son égard.

 

Du grand au tout petit écran

Concernant le dispositif global du host broadcast, HBS, plus que jamais, propose aux clients de la FIFA une offre clé en main exceptionnelle, par sa diversité, son originalité. Avec une tendance, cette année : l’orientation vers le second écran. HBS a mis à la disposition des diffuseurs une Apps en marque blanche que les clients peuvent customiser à leur couleur. L’offre pour Smartphone et tablette repose principalement sur la technologie C-CAST EVS mais aussi sur le player Diva de Deltatre. « Notre rôle est de fournir des contenus originaux, de qualité à nos clients. Les grands diffuseurs ont les moyens financiers et humains de développer ce type d’application, ce n’est pas le cas des chaînes plus petites, et ce n’est pas pour autant qu’elles doivent priver leurs téléspectateurs de ce type de services » indique Francis Tellier.

Le développement des offres multimédia  s’est développé de manière importante pour cette édition. Les chaînes de télévision ne déploient pas d’équipe multimédia sur site, pour des raisons économiques et techniques. HBS leur a donc proposé 6 flux live par match, ainsi que la distribution des actions clés du match en clip multi-angle sous forme de services de VOD avec un stockage Cloud basé en Irlande. HBS a étudié quelle serait la meilleure qualité possible, le format mezzanine adopté est de la HD 720p à 10 Mbps. Cette vidéo est encodée par Elemental, avec un CDN Akamai et le Cloud de S3.

La livraison globale est assurée par Akamai.

 

Les moyens techniques sur les stades

Depuis la Coupe du Monde de 2010, la réalisation des images ne se fait plus dans les cars régies. Les distances entre les stades étant trop importantes, il n’était pas possible d’utiliser des moyens vidéo mobile se déplaçant sur plusieurs sites. Il a donc été décidé d’utiliser des moyens de production fixe, en fait des « préfabriqués » câblés aux autres moyens de production (réalisation, graphiques, statistiques). HBS a loué une grande partie des moyens techniques à Sony pour un budget de 20 millions d’euros.

Pour des raisons d’homogénéité, le set up technique est le même sur tous les stades. Ce matériel est arrivé packagé sur les stades mais, dans un premier temps, les équipements de production ont été expédiés à Munich pour y être assemblés, testés et les opérateurs impliqués dans la réalisation ont pu se former sur les matériels. Tout a ensuite été démonté, les câbles ont été roulés et stockés dans les containers qui ont été envoyés via quatre cargos au Brésil. Les noms des stades ont été peints sur les différents côtés de chaque « préfabriqué». Comme évoqué, les équipements principaux sont restés fixes, seules les équipes de production se sont déplacées de site en site ainsi que certains matériels sensibles ou spécifiques comme les super ralentis ou de la machinerie. En complément de cet équipement « HBS », certains diffuseurs ont loué des moyens mobiles pour suivre leurs équipes nationales et réalisé des sujets complémentaires de ceux produits par HBS.

Il n’y a plus de différences de réalisation d’un stade à l’autre comme cela a pu être le cas dans le passé. « Nous travaillons constamment pour améliorer l’image et l’expérience pour le téléspectateur. Cette année nous réalisons des images en direct sur les entrainements des joueurs avec 10 caméras présentes dans les stades. Notre leitmotiv, c’est continuité et progrès », précise Francis Tellier.

Le match d’ouverture accueillait 120 postes commentateurs, cela montre, si cela en était encore la peine, l’importance qu’a cet événement pour les diffuseurs. En terme de caméras, plus de 34 caméras ont été mises en place pour chaque match. Sony fournit l’ensemble des moyens techniques de production sur les matchs, mais également les équipes techniques. Pour cela le constructeur s’appuie sur des prestataires (avec qui Sony avait travaillé notamment sur la précédente Coupe du Monde ), comme AMP Visual TV, CTV, Outside Broadcast, Presteigne Charter et Studio Berlin. C’est la société SonoVTS qui a réalisé l’intégration système. Même si le dispositif technique est le même pour les 12 sites, le réalisateur a eu le droit de choisir son ergonomie de travail (là où il souhaitait placer ses moniteurs, son mélangeur, le paramétrage des replays EVS…). Toutes les équipes de réalisation ont pu ainsi valider, tester leur configuration à Munich avant le départ du matériel pour le Brésil.

AMP Visual TV est présent aux côtés de Sony pour la captation des matchs sur trois stades : Sao Paulo – avec la cérémonie et le match d’ouverture -, Porto Alegre et Fortaleza. AMP VISUAL TV a été désignée pour faire partie du dispositif au regard de la qualité de son parc, de ses équipes et de sa grande expérience des événements d’envergure. Ce sont 70 collaborateurs qui interviendront sur l’événement.

Presteigne Charter a fourni le dispositif HF avec 36 systèmes. Un gros travail de validation avec le Brésil pour le plan d’aménagement de fréquences. EVS  a installé, pour sa part, 192 serveurs XT3, ce qui représente un déploiement jamais atteint.

Il y a, au total, 300 caméras sur l’ensemble des stades. Sony a dû trouver 64 caméras ralentis 3 X, pour une large période de location ce qui n’a pas été simple, car même si la Coupe du Monde est un événement gigantesque, les autres manifestations sportives ne s’arrêtent pas pour autant. À ces caméras s’ajoutent d’autres modèles (cable cam, ultra slow mo, caméras miniatures, embarquées sur de la machinerie, ou dans des hélicoptères). Il est prévu, au total, 500 heures de prises de vues hélicoptères, là encore il s’agit un challenge pour HBS car l’aviation civile au Brésil est régionalisée, il a donc fallu gérer localement toutes les autorisations de vol.

Le transfert et l’échange des données se fait depuis le centre de contrôle IBC, qui dispose d’un backbone fourni par Telebras. Les 12 stades sont en permanence reliés à l’IBC avec un réseau 10 Giga Ethernet (redondé). Pour les 4 stades qui jouent chaque jour, il y a une double connectivité 10 GigaEthernet. Le transfert des fichiers de l’IBC vers les diffuseurs est fait par Arkena (ex Smartjog). Sur le territoire brésilien, il y a également 26 points d’upload dédiés, qui servent pour le dispositif ENG. Les 44 équipes de reportage pilotés par HBS peuvent utiliser ces points. Il y a une équipe ENG par équipe de football, ils utilisent des caméscopes P2 Panasonic, et un (ou des) dispatch EVS Xedio. Il y a également 9 équipes ENG qui font des reportages sur des sujets plus généraux, notamment sur le Brésil. Ces 9 équipes sont équipées d’EOS C300 Canon, d’Adobe Premiere Pro et de systèmes de montage portable. Il y a également trois équipes de reportages présentes sur l’IBC, équipées de caméscopes FS700 ou de C300 Sony.

 

À l’IBC

Une Coupe du Monde, ce sont des stades répartis sur un territoire et des images qu’il faut acheminer vers un centre névralgique, l’IBC (International Broadcast Center). Ce centre accueille à la fois l’équipe HBS qui gère pour la FIFA la totalité du dispositif de radio-télédiffusion-hôte mais aussi des diffuseurs, qui y réalisent leurs programmes principaux. Ce sont des milliers d’heures d’images qui ont été ainsi réalisées pendant plusieurs semaines.

L’IBC occupe 55 000 m2 en surfaces intérieures. Outre ses propres installations, HBS fourni des studios de tournage. L’IBC comprend 17 studios dont le plus grand fait 400 m2. HBS a également construit un complexe de studios à Copacabana sur deux étages donnant sur la Baie de Rio. Le centre comprend 200 kilomètres de câbles.

Le cœur du dispositif reste le FIFA Max Media Server. Le concept remonte à 2006 et n’a cessé de prendre de l’importance. Un travail a été développé en collaboration avec EVS, afin de déterminer les meilleures infrastructures et fonctionnalités. Cette année, il y a un seul serveur qui fait l’ingest des contenus live et qui permet également, en même temps, de travailler en live. Un vrai travail de dimensionnement afin d’être sûr que les 32 salles de montage pourront monter, mais aussi pousser ou télécharger du contenu sans que cela pose des problèmes de bande passante. HBS, qui autrefois utilisait Final Cut Pro, a migré vers Adobe Premiere pour les espaces de montage qui sont équipés de panel EVS IPlink permettant au monteur d’accéder instantanément au contenu du stockage near-line, ceci afin de faciliter les opérations de recherche de contenu.

Pour les parties graphiques et statistiques, HBS travaille avec la société Deltatre. Pour la partie habillage graphique HBS utilise Vizrt Libero. L’équipe de production de l’IBC comprend 280 personnes, sans compter les personnels d’administration et de coordination de l’événement.

Depuis 2006, HBS a mis en place un canal appelé Clip Compilation, disponible en direct ainsi que sur le serveur principal. Ce canal se compose de différentes images non utilisées dans le direct HBS et pouvant servir aux chaînes pour leur montage quotidien. Cette année, il y a deux canaux Clip Compilation, un ayant pour thématique le  «Jeu» et l’autre l’ «Emotion». Ce second canal comprend des images super ralenties Ultra Motion. Ces images peuvent être utilisées en direct ou en léger différé. Elles sont assemblées par les équipes de production de différentes venues en utilisant les outils de production live d’EVS comprenant notamment le MultiReview, permettant un control et un visionnage instantané des contenus multi-angles pendant le live.

43 équipes ENG tournent des contenus tous les jours. Les rushes sont mis sur le serveur qui héberge également des contenus postproduits. L’idée, là encore, est de fournir des sujets prêts à être diffusés, sur les 32 équipes en présence, et sur la société brésilienne. « Avant, pour accéder au serveur, il fallait que le client ait un bureau dans l’IBC. Ce n’est plus le cas maintenant. Les contenus non live sont accessibles depuis l’extérieur de l’IBC. » Pour les petites chaînes, HBS propose un programme EBIF Show qui commence 40 minutes avant le début du match et termine 20 minutes après le coup de sifflet final. Il s’agit d’un programme haut de gamme clé en main distribué par satellite et que seules quelques grosses chaînes seraient capables de réaliser.

 

EVS au cœur du dispositif

EVS est l’un des partenaires privilégiés d’HBS. EVS relève le défi avec la présence de 210 serveurs de live XT3, capables de délivrer des contenus multi-format. Pour chaque stage, environ 16 serveurs sont utilisés pour les replays, les insertions des données graphiques, la création des clips et la gestion des contenus. Les images de la catégorie « Emotion » sont administrées par la solution d’asset management IPDirector. La compilation des meilleures images est orchestrée par la toute nouvelle solution MultiReview. Ces images sont utilisées pour créer des packages de highlights pour tous les détenteurs de droits de la FIFA (MRL Media Rights Licensees). Plus de 100 postes IPDirector sont à l’IBC pour gérer les feeds entrant, mais aussi pour permettre l’accès au serveur centralisé de la FIFA Media Asset Exchange (FIFA MAX). Ce serveur stocke les feeds des matchs, les clips, highlights, les contenus préenregistrés (film d’ambiance sur le Brésil et d’autres données). Les 14 stations IPDirector servent également au logging des événements live.

Environ 12 serveurs XT3 géreront au total 4 500 heures de programmes stockées sur le serveur XStore SAN. 36 stations de montage Adobe Premiere avec le plug-in IPLink plugin panel servent à finaliser les montages des promos, des mises à jours, des coulisses, et des packages multimédia.

Un système Epsio FX  est déployé pour les insertions d’habillage graphique. 43 équipes de reportage utilisent EVS Xedio Dispatcher pour du montage simple, logging des contenus des caméras P2. Le serveur FIFA MAX et les outils de partage de fichiers EVS permettent aux équipes de production présentes à l’IBC ou dans leur siège locaux d’accéder aux contenus pour faire du montage et de la diffusion. Les MRL peuvent browser, accéder et télécharger des contenus en utilisant IPBrowse et IPWeb.

 

 


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 18 décembre 2019