Sur la scène du FIPADOC 2026, Sylvain Louvet, directeur des productions originales documentaires. © Denica Tacheva
« Nous ne recherchons pas un sujet. Nous recherchons une histoire singulière. » HBO Max est spontanément associée à ses séries qui ont fait leurs preuves à l’écran. Game of Thrones, Euphoria, Succession… des titres ne manquent pas. Ce qui semble trivial à première vue apparaît comme une évidence de l’intérieur: le réel peut frapper aussi fort que la fiction à condition d’être écrit avec la même ambition.
Et c’est là que le documentaire devient plus qu’un “genre” dans un catalogue. C’est une promesse de récits qui remuent, qui déplacent le regard, qui fabriquent du débat… sans renoncer au plaisir de narration.
La séléction, nerf de la guerre
HBO Max vient donc au FIPADOC avec un message qui porte un sens noble: soutenir un secteur qui doute. Les chiffres en témoignent. Sylvain Louvet, directeur des publications originales documentaires de la plateforme, annonce un objectif de 4 à 6 séries documentaires par an. Pour alimenter cette cadence, HBO Max vise 20 à 25 projets en développement chaque année.
Il paraît important de rappeler que l’ambition de volume n’est pas un appel à la chaîne. « L’idée n’est pas de couvrir le volume. L’idée est vraiment de tenter des choses, de libérer la création », annonce le directeur. Dans les faits, il faut ouvrir grand le sas d’entrée, puis resserrer à l’éditorial. Il s’agit pour lui de faire de la phase de développement un terrain d’expérimentation.
Dans la pratique, l’équipe de HBO Max ne se mesure pas à celles de Netflix ou d’Amazon. Mais elle revendique une forme d’agilité. Elle insiste sur l’envie de faire entrer des profils moins attendus. Autrement dit, elle envisage de travailler avec de petites sociétés, avec des auteurs, et avec des réalisateurs qui ne viennent pas forcément du documentaire.
La singularité de HBO Max : « Nous cherchons des corps traversés par l’histoire »
La plateforme pose une différence de méthode. Le véritable axe HBO Max, celui qui structure tout le reste, tient en un mot : L’incarnation. Sylvain Louvet précise : « Notre approche est non-thématique. Nous cherchons des corps traversés par l’histoire. »
Autrement dit, il n’y a pas de “films-manifestes”. Il s’agit de récits qui font vivre. Ce qui compte, c’est la tenue dramatique. Donc, la question en ligne de mire est « est-ce que le témoin principal va tenir sur la durée ? »
L’exemple “boussole” brandi sur scène, c’est la série sur Jérôme Kerviel. Sylvain Louvet insiste : « Ce n’est pas un documentaire sur la finance. C’est « le parcours intime d’un homme ordinaire pris dans un système qui le dépasse ». L’histoire individuelle est la porte d’entrée, et, derrière, le système qui se révèle. “La petite histoire qui explique la grande”, dit le directeur en substance.
Un deuxième pilier c’est de raconter au présent. Sylvain Louvet rappelle : les histoires doivent être « feuilletonnantes et racontées au présent ». Ce qu’il écarte, au passage, ce sont les récits trop rétrospectifs, “expliqués” par des analystes. Chez HBO Max, le réel doit se dérouler et non seulement d’être résumé.
Un deuxième pilier tient dans une exigence d’écriture. Raconter au présent. Les histoires doivent être « feuilletonnantes et racontées au présent » selon Sylvain Louvet. Ce qu’il écarte, au passage, ce sont les récits trop rétrospectifs, expliqués par des analystes. Chez HBO Max, le réel doit se dérouler, pas seulement être résumé.
Trois terrains du documentaire à pousser
Ce qui rend la ligne encore plus lisible, c’est la volonté affichée de sortir de l’embouteillage. L’expert le constate : « 80 pour cent des dossiers reçus tournent autour des grands scandales et des grandes affaires. HBO Max en fera », rassure Sylvain Louvet, « mais on veut ouvrir le jeu. »
Trois pistes se détachent de son intervention. D’abord, les films à dispositif. Ici, la forme ne fait pas joli, elle fait récit. Sylvain Louvet cite Caught in the Net, une série produite en République tchèque. Il pointe ce que ce type de construction change à l’écran. Le dispositif de narration place le spectateur face à une situation qui met mal à l’aise. Il oblige à regarder autrement. Et c’est précisément cette tension-là que la plateforme cherche.
Les formats hybrides trouvent également leur tarrain. Fake Famous arrive en exemple ici. La série documentaire est pensée comme une expérience. Des apprentis influenceurs sont coachés par des spécialistes. La question reste limpide. Peuvent-ils décoller vite avec les bons codes et les bons outils ? Sylvain Louvet évoque aussi certains ressorts de docu-réalité et de talent show. Il n’est pas question de copier des modèles mais d’ouvrir des voies d’écriture.
Enfin, HBO Max met en avant les films d’archives « qui mène la danse » selon Sylvain Louvet. Telemarketers lui sert de référence parce que la matière filmée de l’intérieur crée le rythme, les scènes et la progression. Le directeur des publications originales documentaires de la plateforme en est convaincu « Des histoires de ce type existent en France. Elles sont parfois dormantes, mais elles peuvent trouver leur fenêtre sur HBO Max. »









