Production et animation : le cartoon fait le plein !

Diversité et qualité se trouvaient au rendez-vous de la 26e édition de Cartoon Forum, en Septembre dernier à Toulouse, un rendez-vous de coproduction européen majeur pour la télévision et les nouvelles plateformes. 
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Les 91 équipes originaires de 19 pays différents venues « pitcher » leur projet de série d’animation ont trouvé à Cartoon Forum un parterre de choix. Pas moins de 270 diffuseurs et investisseurs (sur un total de 900, un niveau record), se pressaient à ce grand rendez-vous de la coproduction européenne. « Nous affichons une progression de 5 % en un an, se félicite Marc Vandeweyer, directeur général de Cartoon. Les projets reçus sont aussi en augmentation (plus de 150 cette année), et des producteurs m’ont affirmé avoir un carnet de commandes rempli pour deux ou trois ans. Cela, on ne l’avait pas entendu depuis longtemps ! » Pour stimuler encore plus le secteur, l’organisateur qui a aidé 645 séries depuis 1990 (pour un total de 2,2 milliards d’euros), a annoncé l’ouverture de Springboard (17/19 novembre à Halle, Allemagne), un mini Cartoon Forum dédié aux étudiants. 

 

Bouger les lignes

« Les grands studios y étaient présents, comme chaque année (Futurikon, Dargaud, JAM Media, Monster Ent…) mais de nouveaux venus sont arrivés dans les équipes. Le monde de l’animation ne cesse de se renouveler », note avec satisfaction l’organisateur.

Toujours bienveillant à l’égard des petites sociétés indépendantes, Cartoon Forum a permis l’émergence de studios qui, aujourd’hui, sont des acteurs reconnus du secteur comme Team TO, TAT, Vivement Lundi !, Autour de Minuit… Cette année encore, c’est un « nouveau » venu qui a fait l’objet de la session de pitch la plus populaire (devant Gaumont Animation). Ouvert il y a un an par Didier Brunner et son fils Damien, le studio Folivari y présentait une trilogie originale de trois spéciaux de 26 minutes écrits et réalisés par Benjamin Renner, Le grand méchant renard et autres contes. Accompagnée par Canal+ et Superights comme partenaire à l’international (Cartoon Tribute 2015 du distributeur de l’année), la collection de 2,4 millions d’euros (déjà financée à plus de 70 %) sera fabriquée en Flash avec l’équipe du film Ernest & Célestine : « Nous voulons faire du cinéma d’auteur pour la télé. Cela ne se négocie pas », remarque le producteur.

Si ces nouveaux venus (Tant Mieux Prod, Vanilla Seed, Chicken’s Chicots Production…) se différencient par l’originalité des projets (souvent des créations originales) ; ils innovent aussi en recourant à des traitements atypiques. Tant Mieux Prod montre ainsi, avec Mr Carton de Mickaël Bolufer et Fabien Daphy, que la 3D temps réel n’est plus réservée au jeu vidéo. Ce road movie à la Buster Keaton non dialogué, qui a reçu le soutien des Nouvelles Écritures, CNC, Procirep et Région Rhône-Alpes, recourt en effet au moteur de jeu Unity 3D pour faciliter le passage entre la série (13 fois 2 minutes pour un prix à la minute inférieur à 9 000 euros) et le jeu, lesquels auront ainsi le même rendu. La pétillante série 3D (la plus petite du Forum en volume), qui fait rouler des voitures en carton froissé, sera sur Studio 4, la chaîne web de France 4 au printemps 2016.

Créé en 2006, le studio Vanilla Seed, qui développe aujourd’hui ses propres productions, a opté quant à lui pour un traitement 3D sous Blender simulant la stop motion pour les besoins de sa série destinée aux 6/8 ans, Anna & Froga (52 fois 6 minutes).

Le Cartoon Forum est aussi le lieu où se testent de nouvelles orientations. Après s’être adressé aux ados puis aux 5/8 ans, Autour de Minuit, qui va ouvrir un studio d’animation à Bordeaux, livre Non-Non, une histoire pour les 4/5 ans. Au ton toujours aussi décalé, la série réalisée par Mathieu Auvray (52 fois 5 minutes pour 4 millions d’euros) reste animée sous Blender, mais accentue l’aspect stop motion en se réalisant sans interpolation. Avec la comédie épique Arthur et les enfants de la table ronde (52 fois 11 minutes pour 6,5 millions d’euros), Blue Spirit Productions présente, pour la première fois, une série non issue d’une adaptation.

Comme pour “Les Mystérieuses Cités d’or”, les décors sont en 2D et les personnages en 3D aplatie. Pour être en phase avec les diffuseurs européens, le studio internalise la distribution. Quant à Folimage, c’est un projet transmédia, d’anticipation et pour les adultes, qui a fait l’objet de son pitch, “La 4ème Planète”.

 

Les adultes en ligne de mire

Représentant 10 % des projets, l’offre pour adultes s’installe durablement dans le programme de Cartoon Forum. Remarqué, le projet Folimage (série TV, plateforme web et jeu vidéo) décrit l’exode des humains vers Mars et la sélection implacable qui en découle. Pour rendre l’histoire plus accessible, les réalisateurs Jean Bouthors et Titouan Bordeau ont adopté un traité 2D en référence à la BD franco-belge. Krabstadt, un projet signé par les artistes vidéo suédoises Ewa Einhorn et Jeuno JE Kim (production Monkey Machine Film), se penche plutôt sur les problèmes d’intégration et questionne le féminisme, tandis que “Le Bien Chasser” de Kawanimation, fable désopilante de 13 fois 3 minutes, tire à vue sur les chasseurs, les pêcheurs et les curés. Diffusés sur YouTube et Viméo, les deux pilotes ont déjà attiré 40 000 vues. La série 2D pourrait être diffusée sur Studio 4.

Présenté par Chicken’s Chicots Production, un studio qui se lance dans l’animation, La méthode Von Mopp instruit quant à lui sur les « bonnes » manières à acquérir pour briller en société. Comédie à la Monty Python autour du langage, la série (52 fois 5 minutes pour un coût de 5 000 euros à la minute), qui consacre un mot par épisode, est basée sur des animations de marionnettes et sur TVPaint. C’est toutefois “Dickie” des belges De Hofleveranciers et Beast Animation qui a fait l’unanimité. Adaptées des célèbres albums de Pieter De Poortere, les aventures du héros à la moustache font l’objet d’une série TV (104 fois 1 minute pour 990 000 euros).

 

Un transmédia enrichi

Près de 60 % des projets présentés à Cartoon Forum s’accompagnent d’un développement transmédia (internet, mobile, tablette, jeu vidéo). Certains d’entre eux toutefois élaborent, pour chaque support, des contenus spécifiques pour des expériences uniques. Une offre à la hausse qui, d’après les organisateurs, ne manquera pas d’alimenter en travail les studios. Introduit par Monello Prod, le projet franco-italien “Max & Maestro” (budget total de 7 millions d’euros) est une initiation ludique à la musique classique sous la forme d’une série de 52 fois
11 minutes et d’une
application musi-
cale sur internet. Si 
la première narre la
rencontre entre un
 jeune des banlieues et Daniel Barenboim, la seconde s’attardera sur la méthode du pianiste. Plus pastoral, le projet 360 ° de Vivement Lundi ! , une adaptation des albums de Yves Cotten, comporte un spécial TV en 2D Le Quatuor à cornes, qui raconte le périple de ruminants en mal de mer, et une web série (10 fois 3 minutes) dévoilant leur univers à travers des mini-documentaires. Le projet de 410 000 euros (dont 40 % est sécurisé) est cofinancé par la Région Bretagne et la web série est soutenue par France 3 Régions.

Cette fragmentation du projet oblige à suivre une chronologie des média. Pour son projet HeroHic, Team TO entend ainsi livrer, en amont de la diffusion télé (52 fois 11 minutes), un jeu vidéo (en cours de développement) et une web série de 52 fois 1 minute. De même, pour relater l’odyssée de La 4ème planète, Folimage a prévu de diffuser en premier la web série portant sur les chroniques du Cosmoport, puis un jeu vidéo 3D, enfin une série 2D de 10 fois 26 minutes, laquelle suit un migrant essayant de rejoindre sa famille. À l’image d’une série live, le modèle est feuilletonnant et comporte un effet cliffhanger.

« Nous suivons avec attention ces projets transmédias, remarque Joseph Jacquet, responsable de la recherche et du développement en animation chez France Télévisions. Ce sont souvent des projets originaux en terme de formats, techniques, cibles et diffusion. Explorer ces formes de narration permet de trouver de nouveaux usages. Nous savons que, pour les 15/24 ans, la télé n’est plus le premier média. Certaines séries ont donc intérêt à être diffusées sur le web, puis faire l’objet d’un jeu vidéo dont la chaîne est coproducteur, avant, éventuellement, de passer à l’antenne. Comme “Mr Carton”, dont les auteurs viennent du jeu vidéo et de la BD. Nous développons quatre à six web séries d’animation par an. » 


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