La virtualisation des process gagne du terrain

Lors de l’IBC 2017, il était intéressant de constater que nombre d’acteurs industriels spécialisés dans le traitement numérique des médias audiovisuels comme l’habillage graphique, l’automation de production ou le transcodage basculaient vers des solutions logicielles capables d’être utilisées sur des serveurs virtualisés distants.*
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Parmi ces acteurs, on peut citer Chyron Hego qui lançait une nouvelle offre de workflows baptisée VPX (Virtual Product Plateform) capable d’accueillir l’ensemble de sa gamme de solutions d’habillage et d’automation de production, utilisées notamment par les chaînes d’informations et de sports.

 

De son côté, Telestream faisait la démonstration de sa maîtrise d’un workflow de postproduction temps réel déployé à l’échelle de la planète, au travers d’un partenariat technique étroit avec Aspera, la filiale d’IBM, autour du Lightspeed Live Capture de Telestream. Le Lightspeed Live Capture est une solution d’encodage capable d’enregistrer jusqu’à huit flux en simultané, comme des sources SDI ou IP en résolution HD ou 4K (AVC Intra, DNxHD, XD-CAM, AVC Ultra…).

 

Sur IBC, Telestream et Aspera avaient installé une station de montage Adobe Premiere Pro, au sein du RAI Amsterdam, capable de monter directement à l’image près en piochant dans des médias capturés à la volée par une station Lightspeed Live Capture basée aux États-Unis. La liaison IP traditionnelle utilisée pour l’occasion suivait le protocole de transmission FASP Stream mis au point il y a un an par Aspera. FASP Stream génère moins de 20 secondes de latence entre les flux de départ et d’arrivée. Une performance technique qui devrait séduire nombre de médias et agences spécialisés dans les news ou le sport.

Bien entendu, la solution Lightspeed Live Capture peut aussi, de manière plus classique, envoyer des fichiers vers des modules de transcodage Vantage ou un MAM Interplay d’Avid et met à disposition une capacité de stockage interne de 4 To à laquelle il est possible d’attacher des stockages externes de plus forte capacité.

 

Telestream montrait aussi, sur son stand, la version 8 de sa station de travail dédiée au Live, baptisée Wirecast. Cette plate-forme logicielle, spécialisée dans la gestion des workflows Live, gère toujours plus de sources distantes en entrée et jusqu’à neuf sorties simultanées. Avec le Wirecast, il est aussi possible de traiter de manière synchrone jusqu’à huit sources audio, tandis qu’on monitore 17 sources par écran de contrôle.

Telestream a vendu cette année huit systèmes de ce type au groupe Canal+ qui l’a utilisé pour la couverture d’événements comme le Festival de Cannes, la Coupe de l’America ou la Ligue des Champions.

 

L’optimisation des ressources d’un nodal de postproduction était aussi au centre de l’offre de Telestream cette année, avec de nouvelles fonctionnalités de virtualisation des process au cœur de Vantage. Désormais, la plate-forme de transcodage Vantage est utilisable de quatre manières différentes : sur des stations de travail classiques, sur des serveurs spécialisés dans l’accélération GPU/CPU, dans le cloud, mais aussi via des serveurs virtualisés installés au sein même de l’infrastructure d’un postproducteur qui peut ainsi, de manière agile, suivant la charge de travail de son entreprise, mobiliser plus ou moins son nodal.

Telestream lançait également, sur l’IBC, le service MacCaption un logiciel en ligne utilisant plusieurs librairies de DeepLearning permettant de faire de la transcription automatique « speech-to-text ». MacCaption est commercialisé suivant un modèle du type licence logicielle ou via une souscription dont le prix est proportionnel à la durée de la vidéo à transcrire en texte.

 

Cette année, la TV sur IP est entrée dans une phase de réalisations concrètes puisque plus de cinquante fournisseurs de solutions techniques faisaient des démonstrations d’interopérabilité suivant le standard SMPTE ST 2110 en cours de finalisation et les spécifications NMOS éditées par l’AMWA.

Afin de démontrer la facilité d’utilisation et l’interopérabilité de ces nouveaux standards Live IP, les membres de l’alliance AIMS s’étaient réunis autour de démonstrations communes divisées en modules d’applications logiques comprenant les workflows de production en direct, les workflows de contribution et de diffusion, etc. Les démonstrations variées étaient axées cette année sur l’usage.

 

Question retours d’expériences, les acteurs français ne sont d’ailleurs pas les moins en pointe via un prestataire comme Videlio, qui a pris un sérieux virage vers le Live IP depuis qu’il a équipé de cette nouvelle technologie deux cars de production de la flotte de la société Arena Télévision.

Une première régie mobile de production Live IP a été livrée à Arena Television par Videlio il y a un an, afin de couvrir en 4K pour BT Sport la Premiere League de football anglaise, tandis qu’un second (OB12) également IP et 4K vient d’être livré en complément. Deux autres cars IP sont également en préparation, afin de couvrir le rugby en HD pour Sky Television. Sur cet IBC, Videlio mettait d’ailleurs en avant les équipements récents qui équipent ces nouveaux cars, comme les commutateurs Cisco 9508 qui éliminent les problèmes de blocking.

 

Autre acteur français à s’impliquer dans l’ingénierie Live IP, 42 Consulting expliquait volontiers sur cet IBC avoir un rôle d’accompagnement des acteurs de la filière vers une intégration progressive de la chaîne de production Live IP.

Si le bureau d’études français suit de près le standard SMPTE 2110 en cours de consolidation, il tend à préconiser également des passerelles entre les univers SDI et IP. Pour Emmanuel Joubard : « Nos clients, s’ils demandent de plus en plus à basculer vers le Live IP, nous demandent aussi de prévoir des convertisseurs IP-SDI en secours ».

 

D’une manière plus générale, 42 Consulting insistait sur sa capacité à « définir des architectures audiovisuelles et à manager des projets dans son propre périmètre de compétence », mais aussi en agrégeant les compétences de ses filiales spécialisées présentes sur son stand (PushPull TV et DLP Solutions) ou de partenaires comme Livescale.

DLP Solutions regroupe les compétences de trois experts de l’incrustation graphique de données à l’antenne pour des chaînes de télévision : Christophe Bondurand, Robert Laplante et Antoine Imbert. Ces derniers travaillent depuis de nombreuses années sur l’incrustation des données chiffrées intégrées en temps réel au cœur des retransmissions sportives pour la chaîne de télévision Equidia, mais aussi pour les données de géolocalisation proposées lors des retransmissions du Tour de France. DPL Solutions travaille en outre régulièrement sur l’incrustation de données électorales à l’antenne lors des soirées électorales.

 

PushPull TV, quant à elle, est une filiale qui propose de la télévision augmentée en venant « pousser » une surcouche d’enrichissement média en HTML5 sur les téléviseurs connectés. Ainsi, tout au long d’une retransmission sportive, un téléspectateur peut choisir à sa guise les flux de caméras d’un direct de football qu’il souhaite regarder en plein écran.

PushPull TV peut également proposer des widgets HTML à destination des réseaux managés ou de l’OTT livrant de la Data ou des modules de paris en ligne. Son objectif est de proposer aux éditeurs TV des services interactifs existant souvent sur le web, mais beaucoup plus rarement sur la TV connectée. Mais surtout, ces services sont contrôlables par l’éditeur TV lui-même et non par un éditeur tiers.

 

*Extrait du « Cahier des tendances IBC 2017 » paru pour la première fois dans Mediakwest #24, p. 36-76Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.


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