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L’eSport aimerait bien enfin avoir son existence légale

Si, depuis le 1er juillet dernier, le statut de joueur professionnel de jeux électroniques existe sur le papier grâce à la parution du décret d’application tant attendu, dans les faits la situation a peu évolué depuis le vote de la loi pour une République numérique en novembre 2016.*
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Pour donner corps à ses revendications et montrer le poids réel de cette économie que les pouvoirs publics ont du mal à prendre en considération, l’association professionnelle France eSports travaille à la « création d’un baromètre, avec des chiffres “incontestables”, de l’eSport en France ; nous travaillons pour que ces chiffres soient fiables et afin de voir quels indicateurs peuvent être utiles », explique son président Stéphan Euthine, directeur opérationnel, LDLC Event. « Cela permettra de mettre tout le monde au même niveau », souligne-t-il.

Si les études foisonnent, aucune ne fournit les mêmes données. Il est en effet important d’avoir un socle fiable pour le secteur de l’eSport ; dans le cas contraire, les marques et annonceurs perdront confiance dans ce secteur pourtant prometteur pour séduire les publics entre 24 et 35 ans.

 

« Nous devons donner le “la” de nos communautés ; nous sommes légitimes à éditer un baromètre », reprend le président de France eSports. La parution du premier baromètre a été programmée pour mars 2018. Cette étude marie des chiffres, mais aussi interroge les adhérents sur leurs pratiques, afin d’établir un outil de mesure à la fois quantitatif et qualitatif. « L’idée n’est pas uniquement d’avoir un format commercial, mais aussi un outil pratique et social », précise Stéphan Euthine.

Si l’eSport est dorénavant sur un marché existant, il évolue encore dans un flou juridique, et ce malgré le dynamisme des professionnels qui, au travers de France eSports, demandent non seulement son inscription dans la loi, mais aussi que la parution du décret du 1er juillet dernier se traduise enfin dans la réglementation, notamment dans le droit du travail.

 

« Nous avons fait nos demandes d’agrément et nous n’avons toujours pas de réponse », regrette le président de France eSports. La gestion des « cash prize » – les gains des gagnants aux compétitions – bloque la situation, « le gouvernement ne sait pas comment les gérer… Sans cette information, les contrats ne sont toujours pas utilisables en l’état. C’est un vrai frein à notre mise en conformité », ajoute-t-il.

Tant que ce point juridique n’aura pas été clarifié, les équipes ne pourront pas en toute légalité engager des mineurs dans leurs Teams… Or ces derniers sont l’avenir et le présent de l’eSport qui, par ricochet, se trouve freiné.

 

« Nous sommes paralysés car nous ne pouvons contractualiser avec ces joueurs », glisse Stéphan Euthine, sauf à être aux limites de la légalité. « Les notions de temps de travail et de conditions de travail ne sont pas non plus très claires du côté du gouvernement. Nous attendons toujours un rendez-vous au ministère du Travail… », ajoute-t-il.

Depuis juillet, l’industrie de l’eSport est pourtant en demande, mais sa mise en conformité ne semble pas être une priorité pour le gouvernement… « Nous continuons avec le format d’avant, les contrats de sponsoring », explique Stéphan Euthine, espérant sincèrement que le dossier avance.

Tout espoir n’est pas perdu puisque déjà l’association a identifié son interlocuteur au niveau du ministère de l’Intérieur : « Nous relevons du service qui gère les agréments des organisations de compétitions en France. Nous cherchons toujours un interlocuteur au ministère du Travail, autre que la DGE (Direction générale des entreprises) », sourit-il.

 

« Nous allons pousser des portes, le sujet sera pris à un moment donné, mais nous perdons du temps… Nous avons contacté le ministère des Sports, le cabinet d’Emmanuel Macron, celui de Mounir Mahjoubi. La balle est toujours dans le camp des autorités. À ce jour, aucun contrat de travail de joueur professionnel tel que décrit par la nouvelle loi n’a pu voir le jour », ajoute Stéphan Euthine, qui espère que les politiques s’emparent enfin de ce sujet. Aucun rendez-vous n’est encore calé…

 

En attendant, France eSports va continuer à informer les structures et accompagner les démarches de déclaration, afin qu’un maximum de clubs exigent l’agrément : « les clubs vont devoir décider de rester sur le droit commun et des entreprises avec les risques de requalification et repousser l’utilisation de contrats de travail. Pendant que ce flou perdure, le manque d’information favorise dangereusement les dérives », regrette le président de France eSports.

 

Rendez-vous demain pour lire la suite de notre dossier intitulée  L’eSport à la TV, des programmes pour « couche-tard » !

…Vous pouvez également consulter notre interview Web TV SATIS de Stephane Euthine intitulée  Etat des lieux de l’eSport en France et à l’international

 

* Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #24, p. 98-100. Abonnez-vous à Mediakwest (5 nos/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.