France : quelle attractivité pour les tournages internationaux ?

Valérie Lépine-Karnik, Déléguée Générale de Film France revient pour nous sur l'attractivité de la France pour accueillir les tournages internationaux grâce à la réforme du crédit d'impôt international...
MK25_TournerenFranceItwFilmFrance.jpeg

 

 

François Chevallier : Après une année 2016 marquée par 137 M€ de dépenses pour 16 projets agréés, quel est le bilan 2017 du crédit d’impôt international ?

Valérie Lépine-Karnik : Les chiffres sont encore en cours de consolidation, mais on peut déjà annoncer une augmentation des dépenses pour cette année. Au-delà des données purement comptables, il faut retenir que nous avons dépassé l’opportunité de scénario pour devenir un modèle économique compétitif.

En ne citant que les longs-métrages Mission Impossible, At Eternity’s Gate ou encore la série Sense 8, on peut avancer que les tournages étrangers s’installent de façon significative et non plus pour de brèves périodes.

 

F. C. : En quelque sorte une légitimation du dispositif et du travail engagé depuis plusieurs années ?

V. L-K. : Nous avons atteint un niveau de viabilité pour les grosses productions et, tout aussi important, d’un point de vue social, les salaires des techniciens français sont désormais compétitifs. C’est la preuve de l’efficacité par les réalisations qui sont faites.

 

F. C. : Quels sont les pays qui viennent le plus tourner en France ?

V. L-K. : En premier lieu et depuis le début de la mise en place du C2I, les États-Unis qui représentent, depuis 2009, 53 % des 191 projets bénéficiaires. Ils sont suivis par le Royaume-Uni (19 %). Vient ensuite l’Europe (10 %). Des territoires comme la Chine ou la Corée commencent à franchir ce cap de l’opportunité liée à un décor emblématique, mais la progression est plus lente, quant à installer durablement une production sur notre territoire. L’Asie représente 10 % des projets ayant été intégrés dans le dispositif, dont plus de la moitié en provenance de Chine, soit 6 % du total.

 

F. C. : Peut-on dire que la réforme du C2I en janvier 2016 a permis de dépasser un plafond de verre ?

V. L-K. : En abaissant le seuil des dépenses éligibles et en augmentant son assiette, cette réforme a radicalement changé la donne : nous avons multiplié par 2,5 le montant des dépenses éligibles engagées entre 2015 et 2016 – ce qui signifie beaucoup plus sur les dépenses réelles. Cela correspond à des tournages qui désormais s’installent dans la durée.

 

F. C. : Le premier bénéficiaire demeure le secteur de l’animation. Qu’en est-il des VFX et des plateaux ?

V. L-K. : L’animation reste le secteur roi, avec en premier lieu Illumination MacGuff, mais aussi Mikros Image (Captain Underpants, Sherlock Gnomes), Team-TO (Skylanders Academy, Elena de Avalor pour Disney) ainsi que Gaumont Animation pour la saison 3 de F is for Family. L’avantage de l’animation vis-à-vis du C2I est que la quasi totalité des dépenses engagées sur le territoire sont éligibles.

Concernant le secteur des VFX, je dirais que le dispositif a contribué à mieux structurer la filière, notamment via une mutualisation des compétences pour accueillir de gros projets. Si nous n’avons pas encore le même niveau que celui de l’animation, je demeure convaincue que nous y parviendrons rapidement.

Les studios ne sont pas les enfants pauvres du C2I, mais il est vrai que les productions étrangères viennent avant tout pour des tournages extérieurs. A contrario, plusieurs exemples de productions françaises illustrent le regain d’intérêt pour les tournages en studios, ce qui est un bon signal.

 

F. C. : Quels sont les grands chantiers de Film France en 2018 ?


V. L-K. : Continuer à aller chercher les contenus là où ils sont et quand je dis cela, je pense naturellement aux annonces faites par les plates-formes américaines ces dernières semaines quant à leur volonté de produire des œuvres sur des territoires comme la France. Nous serons là pour leur apporter notre expertise et présenter les savoir-faire du territoire.

Nous espérons également la venue de séries coréennes, chinoises, brésiliennes. En septembre, à la suite du Festival de la Fiction de la Rochelle, nous avons mis en place un Eductour pour des producteurs coréens de k-dramas, ces séries qui ont des audiences internationales incroyables. Faire venir des tournages de ce type en France s’avère très intéressant pour l’aspect industriel, mais aussi en termes de visibilité du territoire.

 

F. C. : Et du point de vue des outils proposés par Film France ?


V. L-K. : Après avoir remis à plat la base de décors pour la rendre plus accessible, nous avons ouvert une base VFX, avec la Ficam et le CNC, pour donner une plus grande visibilité aux sociétés à l’international. Le troisième volet se concentrera sur la refonte de la base TAF (Techniciens, Acteurs, Figurants) afin de la rendre plus ouverte et accessible aux utilisateurs.

 

 

* Pour aller plus loin, retrouvez nos articles Tourner en France : la carte et le territoire ainsi que l’interview de Stéphane Bedin, Délégué Général Adjoint de la Ficam concernant la filière VFX en France.

** Article paru pour la première fois dans Mediakwest #25, p. 62. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors-Série « Guide du tournage ») pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.


Articles connexes