Rencontre avec le réalisateur Roland Joffé pour la sortie de « The Forgiven » (Web TV Mediakwest)

Nous avons rencontré Roland Joffé, réalisateur franco-britannique, à l’occasion d’une projection en avant-première de son dernier film The Forgiven. Ce long métrage, sorti sur les écrans américains le 9 Mars, a été tourné en 24 jours avec une caméra Panasonic Varicam LT.  Dans son interview video, le réalisateur - qui a reçu une Palme d'Or au Festival de Cannes pour son film "Mission" - nous ouvre les coulisses du tournage...
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Mediakwest : Pouvez-vous nous parler du film ? 

Roland Joffé : C’est un projet de cœur. Je suis très intéressé par cette période de l’ histoire de l’Afrique du Sud qui correspond à la fin de l’Apartheid et à la création des droits publics avec Nelson Mandela. Le moment était très difficile, la guerre civile a été évitée grâce à l’intervention de Nelson Mandela et de l’archevêque Desmond Tutu qui ont notamment créé une sorte de commission nommée le TRC, Truth and Reconciliation. Cela a permis aux victimes de trouver un pardon émotionnel face aux actes criminels du passé. C’est très important dans ce film qui retrace l’histoire de personnes ordinaires… Forest Whitaker joue l’archevêque et Eric Bana le rôle d’un policier tueur qui, a priori n’inspire pas le pardon, mais… il faut voir le film ! 

 

MK : Vous avez notamment décidé de filmer dans une prison… Pourquoi avoir choisi de filmer dans un vrai lieu plutôt qu’en studio ?

R.J. :  J’ai décidé travailler avec la vérité, j’ai donc cherché une prison de haute sécurité. A l’intérieur, le son, l’architecture et même les couleurs génèrent une atmosphère et une énergie que nous ne pourrions jamais recréer en studio. Nous avons dans la foulée travaillé avec une trentaine de prisonniers qui ne sont pas comédiens. Cela donne une force énorme. L’épaisseur des murs, la surpopulation des détenus se ressentent.

Cette prison représente également une métaphore vis à vis de l’Apartheid: toutes sortes de règles, de hiérarchies existent dans les prisons. Celles-ci font miroir à toutes les hiérarchies qui existent en dehors des prisons. Pour ces raisons, c’était pour moi très important de travailler dans un vrai lieu d’incarcération.

 

MK : Pourquoi avoir choisi de travailler avec le chef opérateur William Wages ?

R.J. : J’ai voulu travailler avec William car il est énormément doué, imaginatif. Il peut créer une lumière avec un morceau de papier et une allumette ! C’est quelqu’un de formidable. Nous avions précédemment travaillé sur une série tournée l’année dernière dans le Tennessee, à Memphis : Sun Records. Celle-ci retrace l’histoire de la naissance du Rock N’Roll (d’après l’histoire vraie de Johnny Cash, Elvis Presley, Carl Perkins, Jerry Lee Lewis et adapté de la comédie musicale Million Dollar Quartet, ndlr). Comme Will est très créatif, nous pouvons aller très vite, nous ne perdons pas de temps pour faire l’éclairage ou préparer les travellings. Nous pouvons directement travailler avec les comédiens en même temps que nous préparons le fil de la caméra. Le travail est efficace mais aussi très chaleureux et vivant car tout arrive au même moment… C’est un film d’amour ! Pour un tout petit budget, nous avons eu moins de 3 million de dollars mais de grandes vedettes ! Nous n’avions pas d’autres ressources… Will est un maître pour travailler dans ce type de configuration !

 

MK : Vous avez aussi bien travaillé dans le milieu de la série que dans celui du long-métrage. Qu’est-ce qui a, à votre avis, le plus changé dans votre métier ces dernières années ?

R.J. : Il y a bien sûr surtout ce côté digital qui nous permet à travers les images d’être totalement imaginatif. Ce que nous pouvons penser avec notre imagination, nous pouvons le concrétiser désormais avec le digital ! Ce que j’apprécie beaucoup, c’est aussi que toutes les choses deviennent de plus en plus petites. Une fois, je souhaitais un plan qui traverse un autobus : un plan qui commence dans le miroir du rétroviseur où nous voyons le décor. Quand nous quittons le rétroviseur, nous voyons quelqu’un qui monte dans l’autobus et nous le suivons jusqu’au moment où il s’assoit. Puis nous passons par la fenêtre et nous voyons ses parents en train de lui dire « Au revoir »… Il est impossible de le faire avec un caméra normale ! Nous l’avons tourné sans effets visuels avec une toute petite caméra à la main et en une heure. Sans le digital, il aurait fallu couper l’autobus en deux !

 

MK : Vous aviez travaillé déjà avec Panasonic sur la série Sun Records. Quel regard avez-vous sur la caméra Varicam LT ? Que pensez-vous de l’image finale ?

R.J. : J’ai beaucoup aimé l’image finale. Avec cette caméra, il est très facile de créer une esthétique qui ne trahit pas l’intention du film… L’histoire de Sun Records commence dans les années 50. Je voulais recréer l’atmosphère de l’Amérique de ces années.. Il y a une certaine douceur mais en même temps une clarté dans les images ; dans le style des images de la peinture de Hopper. C’est curieux, il y a un mélange de quelque chose de très dur et de lumière très douce. Les matières sont dures comme l’acier, le marbre ou le verre… et en même temps la lumière est douce. Cette caméra est formidable pour cela parce qu’elle permet de capter la douceur tout en conservant un côté dur.

 

 

Si vous souhaitez en connaître plus sur ses relations avec son chef opérateur, William Wages et les futurs projets de Roland Joffé, découvrez l’intégralité de l’interview en regardant la vidéo !

 

 

 

THE FORGIVEN

– Budget : moins de 3 millions dollars

– Tourné en 4:2:2 10bits avec un enregistrement dans la caméra

– Durée du Tournage : 24 jours

– Tournage et post production en Afrique du Sud

– Sorti aux Etats Unis le 9 Mars… (pas encore de distributeur pour la France) 

 

 Découvrez l’interview de William Wages, chef opérateur du film, lundi 2 Avril…