Dans les coulisses de la production cinéma « Les Nouvelles Aventures d’Aladin »

Sorti sur les écrans le 14 octobre, soit vingt-cinq ans après la comédie Les Mille et Une Nuits de Philippe de Broca, le recueil de contes persans connaît une nouvelle adaptation française signée de l’acteur et réalisateur Arthur Benzaquen qui signe ici son premier long-métrage...
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La production a été dotée d’un budget de 15 millions d’euros dans le cadre d’une coproduction franco-belge. Le réalisateur s’est entouré, pour ce projet ambitieux, de comédiens reconnus, entre autres Kev Adams (Aladin), Eric Judor (le génie) et Jean-Paul Rouve (le Vizir).

 

Pour son premier long-métrage Arthur Benzaquen a confié à Digital District la supervision des effets visuels…

La trame scénaristique très libre, ne ménage pas les effets d’anachronismes. Les incontournables effets visuels viennent dynamiser le récit, comme le ride en tapis volant, le génie mi-homme mi-fumée qui sort de la lampe, la reconstitution de la cité de Bagdad ou l’explosion du palais enseveli. L’ensemble des effets visuels a été supervisé par Digital District, avec une grande partie de la fabrication prise en charge en Belgique chez Benuts. « Assez tôt, dès le scénario, une fois le financement bouclé, le réalisateur a souhaité dialoguer avec nous pour préparer ce projet qui s’annonçait complexe en terme d’effets, affirme David Danesi, producteur VFX chez Digital District. Nous avons envoyé, dès le tournage, notre superviseur Arnaud Leviez, qui fut l’interlocuteur artistique et technique sur les effets visuels pour la réalisation, et ce jusqu’à la livraison ». Côté fabrication, la coordination des VFX chez Digital District a été confiée à Nicolas Lacroix, avec une fabrication répartie entre l’équipe parisienne de Digital District et l’équipe belge de Benuts. Pour une durée de 1 h 47, le long-métrage compte environ 500 plans truqués d’une durée totale de 40 minutes.

 

Deux mois et demi de tournage

Le tournage a couru pendant l’été 2014 sur deux mois au Maroc complétés par deux semaines en Belgique pour les plans fonds verts en studio et pour les décors naturels de la période contemporaine (Galeries Lafayette, villa…). Au Maroc, le tournage a démarré à Ouarzazate, pour le palais du vizir, le marché (dans un décor existant datant de Kingdom of Heaven de Ridley Scott), et pour l’intérieur du palais enfoui filmé au musée du cinéma (avec la cage qui descend, la machine à musique, la salle avec la lampe…). Les intérieurs de palais et la séquence de désert furent filmés à Marrakech et ses environs, dont une partie dans les somptueux jardins de l’hôtel Mamounia. En amont du tournage, Jérôme Billet, directeur artistique et matte painter chez Digital District, a préparé le design pour la ville de Bagdad et d’autres décors orientaux. Par ailleurs, le prestataire a réalisé certains previz, en particulier pour le ride en tapis volant, de manière à préparer le tournage en studio des mouvements du tapis. « Nous avons géré les rushs dès le tournage au Maroc, explique Nicolas Lacroix, ce qui nous permettait de faire rapidement des maquettes pour aider au montage qui était effectué par Brian Schmidt, à partir des prises de vue réelles, maquettes, previz… ».

 

Effets pyrotechniques

Avec plus de 500 plans truqués, les effets sont nombreux et variés, comme la queue en fumée du génie, de nombreux décors, extensions ou décors complets en particulier lors du survol en tapis volant, aussi une aide à la prosthétique, en particulier pour rendre la princesse Shallia davantage repoussante. « Le travail complexe sur la queue du génie est passé par plusieurs phases de recherche. A l’origine, nous sommes partis sur un principe de liquide doré et métallique, fluide, mais le résultat faisait peur. Aussi nous nous sommes orientés vers de la fumée mélangée avec du sable », détaille Nicolas Lacroix. Sur la vingtaine de plans où le génie apparaît en entier, Eric Judor a été tourné dans ses déplacements sur un segway sans guidon, avec deux grosses roues. En post-production, le segway a été effacé pour pouvoir reconstituer le décor en arrière-plan. Le tracking de la caméra et de la ceinture d’Eric, effectué avec PFTrack, a permis de placer la fumée en 3D dans le mouvement. La queue de génie a été réalisée de manière procédurale avec le logiciel Houdini en combinant trois éléments, un tourbillon de fumée, une monocouche de grains de sable et en surimpression une couche très légère de paillettes brillantes. « La queue du génie est le seul VFX réalisé sur ce film avec Houdini, constate Nicolas Lacroix, sinon nous travaillons principalement avec 3DS Max et un peu avec Maya, et avec V-Ray comme moteur de rendering pour les deux. Afin d’accompagner la montée en puissance de projets avec des VFX complexes, nous comptons former l’ensemble des infographistes sur Houdini. » L’explosion de la falaise a été réalisée avec FumeFX (un moteur de dynamique des fluides sur 3DS Max) à partir d’éléments réels de falaises filmés dans le désert marocain, et de photos 4K du site.

 

De nombreux décors

Parmi les VFX figurent de nombreuses créations et d’extensions de décors, comme la ville de Bagdad lorsqu’elle est survolée par le tapis volant, ou lorsqu’elle sert de décors dans le clip. Le clip présent dans le film a été monté avec la moitié des plans filmés dans le décor de Kingdom of Heaven et l’autre moitié des plans avec des danseurs sur fonds verts. La foule qui a compté certains jours jusqu’à 600 figurants, a été multipliée en post-production. « Un des défis était de rendre la ville de Bagdad modélisée en 3D plus vivante, en la peuplant avec des personnages 3D, complète Nicolas Lacroix. Le plus complexe fut le survol de la ville en tapis volant. Dans ce ride, situé au début du film, toute la ville en arrière-plan a été fabriquée en 3D. » La capitale a été modélisée à la main, de manière stylisée mais avec des textures réalistes, en ajoutant du détail aux endroits où la caméra se rapproche. Le tapis volant lui-même avec les deux héros, Aladin et son compère, a été tourné sur fonds verts en studio près de Bruxelles. Un previz a servi à préparer les axes caméra et les mouvements du tapis. La société d’effets spéciaux mécaniques, Fantasmagorie d’Yves Barta, est intervenue avec sa plateforme sur vérins, qui en se déplaçant, permet de simuler les mouvements du tapis. « Cette plateforme était bien adaptée pour simuler l’effet tapis volant, avoue Nicolas Lacroix. Mais c’était compliqué à gérer, il fallait effacer la plateforme, refaire les mouvements de survol, raccorder les axes sur fonds verts, trouver une dynamique qui fonctionne avec le décor… Ce fut un des effets complexes. » Le logiciel de gestion de production Shotgun a servi à assurer la coordination entre les deux sites parisiens et belges, permettant de détailler les étapes de fabrication et de répartir les plans et les tâches. Le compositing des plans qui était réparti entre les deux sites, a été réalisé essentiellement sur Nuke et, pour certains plans, sur Flame, comme la queue du génie ou la ville de Bagdad. « Notre objectif sur ce film était de montrer que nous étions capables de produire un gros volume d’effets visuels en assurant la qualité et en allant au bout des demandes de la réalisation et de la production. Notre valeur ajoutée est aussi d’apporter une réflexion globale sur les VFX, avec des propositions créatives venant enrichir les VFX », résume David Danesi.

 

Deux questions à Pierre Aïm, directeur de la photographie

Avec quelle caméra avez-vous travaillé ?

Je travaille habituellement à l’Alexa, mais cette fois-ci j’ai choisi une Sony F65 avec la série d’optiques Cooke S4 et les images enregistrées étaient des 2K RAW. La F65 a peut-être une définition un peu meilleure que l’Alexa, mais surtout avec le RAW, l’espace colorimétrique beaucoup plus large offre une subtilité pour les carnations de la peau. Sinon la F65 est peut-être un peu moins sensible que l’Alexa, avec un peu plus de contraste, ce qui demande de surveiller les hautes lumières. Nous avions deux caméras, ce qui s’avérait utile pour les scènes de foule pour lesquelles une des caméras était sur steadicam, mais généralement nous avons tourné avec une seule caméra. La steadicam a servi pour les séquences dynamiques, comme la scène du marché au début du film où Aladin vend l’élixir, et qui a demandé une semaine de tournage à deux caméras. Ainsi que pour la bagarre de nuit à la fin du film entre Aladin et le faux neveu du vizir, au milieu de l’eau des bassins du palais. Entre la phase de récit et la période contemporaine, l’image était naturellement différente du fait des décors et des costumes, mais avant tout du fait d’un format différent, soit 1,85 pour Paris et 2,35 pour le conte à Bagdad.

Et côté éclairage ?

Le matériel était classique, avec une panoplie louée à Paris allant de 100 W jusqu’à trois 18 kW et quelques Kino Flo, qui ont servi pour éclairer l’intérieur des Galeries Lafayette. Pour la nuit de la bagarre, nous avions mis les 18 kW dans trois nacelles, afin d’inverser la direction de la lune. Et pour la grosse séquence du marché, comme il faisait nuit après seize heures, afin de pouvoir filmer en plan serré, il fallait rééclairer un volume important. Là aussi les 18 kW étaient utiles. Sinon nous avons eu un temps merveilleux sauf qu’après seize heures à Ouarzazate, un vent terrible s’élève, qu’il faut gérer. Une très belle scène nocturne est celle où le neveu du vizir vient rencontrer la princesse dans sa chambre, avec le bleu des murs et la lumière lunaire au travers des moucharabiehs. Comme ce n’était pas un studio, l’espace était contraint pour placer les éclairages. Cette scène a été éclairée avec des HMI, donnant une lumière bleue rehaussée par des 200W HMI sur polystyrène, complétée par un peu d’éclairage en contre-jour. 

 

 


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