RADI de l’animation – Les solutions logicielles (Partie 2)

Les logiciels libres fédèrent aujourd’hui une communauté d’utilisateurs de plus en plus large et composent un écosystème qui se professionnalise. Il est donc apparu naturel de dresser un état des lieux à l'occasion des Rencontres Animation Formation (RAF) d’Angoulême qui se sont déroulées du 18 au 20 novembre 2015. « Il est primordial, sans angélisme ni anathème », souligne René Broca, d’évaluer la place de l’open source dans la chaîne de production.« La R&D donne des armes aux entreprises françaises confrontées une concurrence internationale, développe le responsable éditorial des RAF. Elle permet la création de nouveaux outils et types d’organisation dans la perspective d’améliorer la qualité et la productivité »...
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La première partie de notre article relatif aux Rencontres Animation Développement Innovation (RADI) organisées par le Pôle Image Magelis, à Angoulême a été publiée hier.

 

Dressée par Cedric Plessiet de l’ATI (Arts et Technologies de l’Image) et Anne-Laure Georges-Molland de l’université Montpellier 3, la liste des logiciels exécutables est conséquente ; ils couvrent désormais une grande part des besoins en animation : animation 3D, dessin bitmap, photogrammétrie, montage, compositing, gestion de production, etc. Tous ces outils, cependant, ne sont guère intégrables tels quels dans une chaîne de production sans préparation ni formation. Et la plupart d’entre eux se montrent plus stables sous Linux que sous Windows.

Alternative à Nuke dont il est le clone, Natron est bien introduit dans les écoles qui, comme l’ATI, encouragent les étudiants à développer des plug-in, lesquels fonctionneront sur les deux logiciels. Si Natron progresse vite, il n’est toutefois pas opérationnel sur une production importante. Autre favori, Krita est l’« équivalent » de CorelPainter. Très présents également auprès des étudiants : Alchimy permet de générer du sketch ; Makehuman, de créer rapidement des personnages et faire de la prévisualisation 3D ; Djview comme visualiseur HDR ; Shotcut en montage… Côté de la renderfarm et des logiciels de suivi de production et d’asset management, les alternatives se nomment Damas (proche de Shotgun) et Afanasy. L’absence d’interface configurée de ce dernier toutefois ne le rend pas tout de suite opérationnel.

Reste Blender, l’équivalent open source de Maya ou 3DS Max. Utilisé, entre autres, par Autour de Minuit, le logiciel « couteau suisse » a gagné ses galons avec des productions remarquées comme Babiole (24 fois 3 minutes), le spécial de 10 minutes Jean-Michel, super caribou et des courts métrages comme Peripheria de David Coquard-Dassault.

Pour Manuel Rais, superviseur de l’animation chez Autour de Minuit, il faut maintenant que le logiciel fasse ses preuves sur des volumes importants comme la série Non-Non de Mathieu Auvray (52 fois 5 minutes) que le studio va mettre en production à l’été 2016. « Nous cherchons à monter un studio Blender avec une vingtaine d’animateurs, mais aussi des modeleurs, des lighters. Jusqu’à présent, nous assurions nous-mêmes la formation. Nous aimerions ne plus avoir à faire cet investissement et disposer d’équipes immédiatement opérationnelles. »

À la difficulté du recrutement, s’ajoute le fait que Blender n’intègre pas encore Alambic, ce qui le rend difficilement exploitable dans une chaîne de production existante. Sa refonte néanmoins, qui devrait durer un à deux ans, prévoit de revenir sur ses faiblesses (gestion de particules, etc.) et d’évoluer vers une architecture nodale. Ce qui rendrait alors le logiciel, dont les bugs sont en permanence corrigés par les développeurs, particulièrement attractif.

 

Des logiciels au plus près des besoins des animateurs

Dans leur souci d’un gain de qualité sans augmentation du temps de travail, les studios sont en demande d’une nouvelle génération d’outils capables de redonner la main aux artistes. Aujourd’hui, de plus en plus de métiers sont concernés par ces solutions logicielles innovantes : de l’animation 2D ou 3D dont le principe n’a pas évolué depuis 25 ans au suivi de production, en passant par la ferme de rendu. À noter que certaines solutions émanent directement des studios.

Faisant état d’une « lassitude » devant les produits du marché, TeamTO s’est ainsi rapproché de Mercenaries Engineering et Imagine (Inria) pour élaborer Collodi, un logiciel d’animation 3D s’adressant aux animateurs. Basé sur un moteur dynamique de l’Inria, ce logiciel haut de gamme entend apporter de nouvelles méthodes d’animation à travers des outils de posing et des rigs custom plus rapides et intuitifs, et une time-line manipulable en temps réel sans avoir à recalculer la scène. Projet collaboratif développé dans le cadre du FUI (Fond unique interministériel) et soutenu par Imaginove et CapDigital, Collodi (Linux et Windows) sera commercialisé en 2017 et mis en production chez TeamTO d’ici à l’été 2016 sur la prochaine saison d’Angelo la débrouille.

Développé par des animateurs au fait des contraintes de production, Akeytsu (Nukeygara) fait partie lui aussi de cette nouvelle génération d’outils d’animation 3D pratiques et intuitifs, à l’image de Zbrush pour la modélisation. Dédié à l’animation de personnages et au rigging qu’il revisite de manière simplifiée (un seul squelette et skinning), Akeytsu déploie un espace de travail pleine page qui met à portée de clic les outils d’animation dont le manipulateur 2D Spinner optimisé pour les rotations.

« L’animateur ne s’occupe que de ses clés et timings sans perte de temps ni avoir à gérer les passages IK (Inverse Kinematic) en FK (Forward Kinematic) qui se font ici en un seul clic, précise Aurélien Charrier. Notre Stacker s’inspire aussi des feuilles d’exposition de l’animation 2D que nous avons adaptées à la 3D. » Dédié aux petits studios, le logiciel est prévu pour s’intégrer dans un pipeline Blender ou Maya, sans en alourdir la productivité. Fort des plusieurs milliers de téléchargements de sa version béta livrée en juin dernier, Akeytsu s’adresse surtout à la communauté Unity et au jeu vidéo indépendant.

Lancé en 2013, Guerilla Render résulte, quant à lui, des réflexions menées par Mercenaries Engineering, désireux de mettre à la portée des studios une solution de rendu complète, flexible et performante (lancer de rayon couplé à un éditeur de rendu et d’illumination). La nouvelle version, qui instancie les éclairages comme des objets via le RenderGraph et assigne des textures à des sélections de faces, permet d’accélérer le rendu de 30 %. Compatible avec la plupart des logiciels 3D du marché et, depuis peu, avec Golaem Crowd, Guerilla Render (Le Petit Prince, Mune, Le Gardien de la lune, etc.), vise à la fois le marché de l’animation et des VFX.

Résultant d’une approche « métier », Ricochet répond de même à un cahier des charges issu de l’expérience acquise dans les studios d’animation. Boîte à outils simple et flexible, ce logiciel de suivi de production développé par Flavio Perez mise sur les dernières technologies web afin de traiter des productions complexes, parfois éparpillées sur plusieurs sites. Doté d’un API (Application Programming Interface) Python et d’un API du type REST (Representational State Transfer), le logiciel se veut être un outil de gestion personnalisable permettant aux studios de s’approprier leur chaîne de fabrication. Encore en phase expérimentale, Ricochet sera testé sur la préproduction du prochain film de Michel Ocelot, Dilili à Paris (Nord-Ouest Production).

Le panel des logiciels alternatifs n’aurait pas été complet sans l’évocation de la solution de calcul disruptive, très originale, proposée par Qarnot Computing. Cette start-up de Montrouge (Hauts-de-Seine) a mis en effet au point un service de rendu en ligne reposant, non plus sur des serveurs centralisés au sein d’un data center, mais sur un parc de radiateurs numériques, équipés de processeurs : la chaleur générée par les serveurs n’étant plus refroidie mais répartie dans des bureaux ou chez les particuliers. Tout radiateur connecté devient ainsi un composant inattendu de cette ferme de rendu écologique. Plusieurs centaines de logements en France sont d’ores et déjà chauffés gratuitement grâce aux calculs des clients de Qarnot. Et parmi eux, des studios d’animation.

Lire la partie 1 • RADI de l’animation : le choix des studios

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