CinemaCon 2016 – Des gammes de projecteurs laser toujours plus étendues

Plusieurs nouveautés ont été présentées à CinemaCon 2016, tant dans la catégorie des lasers à forte puissance (procédé RGB), que dans celle des projecteurs laser au phosphore destinés aux écrans de petite taille ou de taille intermédiaire. 
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Barco

Barco a exposé une nouvelle version de son projecteur laser RGB DP4K-60L. Alors que la version initiale développe 60 000 lumens, ce nouveau modèle est moins lumineux – 40 000 lumens, soit tout de même une luminosité qui dépasse celle des projecteurs xénon les plus puissants de 30 % – mais il affiche un rapport de contraste deux fois plus élevé, voire quatre fois supérieur à celui d’un projecteur 4K au xénon : 6 000:1.

Avec ce nouveau modèle, Barco semble avoir tiré les conclusions des récentes expérimentations de procédés d’imagerie à grande dynamique (HDR – High Dynamic Range), qui se traduit par une très forte augmentation du rapport de contraste et un élargissement de la gamme des couleurs.

L’effet produit par un rapport de contraste élevé est très impactant (Dolby en avait administré la preuve l’an dernier à CinemaCon avec son procédé HDR baptisé Dolby Cinema), mais il exige un équipement de projection sophistiqué (donc très cher) et des conditions de projection difficiles à satisfaire puisqu’il faut notamment éliminer toutes les sources de lumière parasites dans la salle. Notons que Dolby a quand même équipé 20 salles en Dolby Cinema ces derniers mois aux USA.

Avec son projecteur DP4K-60L à haut contraste, Barco démontre sa capacité à faire progresser significativement le taux de contraste de ses lasers à forte puissance. Si le HDR finit par être standardisé, Barco se retrouvera certainement face à Dolby sur ce créneau de projection très haut de gamme.

Barco a aussi annoncé que le circuit de salles texan Santikos sera le premier au monde à convertir l’ensemble de ses écrans à la projection laser. Les salles seront intégralement équipées de projecteurs Barco, RGB pour les plus grandes, phosphore pour les autres. Barco a également confirmé avoir commencé à livrer ses deux premiers modèles de projecteurs au phosphore : DP2K-20CLP (écrans de moins de 20 mètres) et DP2K-15CLP (moins de 15 mètres).

 

Christie

La gamme laser de Christie ne comportait jusqu’à présent que des projecteurs RGB de forte puissance. Le constructeur a présenté à CinemaCon son premier projecteur au phosphore, le CP2208LP, un modèle de petite puissance destiné aux écrans de moins de 10 mètres.

 

Nec

Le constructeur japonais a fait le chemin inverse de celui de Christie. Alors qu’il n’avait lancé jusqu’à présent que des projecteurs laser au phosphore, Nec a présenté à CinemaCon le NC3540S, un projecteur RGB développant jusqu’à 35 000 lumens.

Nec a bâti, à partir du NC3540S, une solution de double projection (la formule du « double stack ») destinée à éclairer les plus grands écrans grâce à une puissance lumineuse cumulée de 70 000 lumens. Précisons qu’il est théoriquement possible d’alimenter un projecteur laser avec une source lumineuse de 70 000 lumens ou plus, mais ce n’est qu’une théorie : les puces de projection de Texas Instruments ne supportent pas plus de 57 500 lumens. L’association de deux projecteurs laser s’impose donc pour les écrans les plus grands.

 

Sony

Ce n’est pas encore cette année que Sony présentera ses premiers modèles laser. Le fabricant déclare qu’il ne le fera que lorsque ses solutions – en cours de développement, mais il est impossible d’en savoir plus – offriront un réel avantage aux exploitants en termes de coût.

D’ici là, Sony compte sur sa solution de double projection SRX 515DS, qui fonctionne avec des lampes UHD (à mercure), pour convaincre les exploitants qui commencent à renouveler leurs équipements. Selon Sony, cette solution destinée aux écrans de grande taille n’excédant pas 23 mètres constitue une vraie alternative au laser, notamment parce qu’elle est plus économique et offre un rapport de contraste plus élevé (8 000:1).

 

Power Technologies

Power Technologies, nouvel entrant dans le cinéma, a d’abord développé des applications laser dans le domaine militaire. La société présentait à CinemaCon une architecture de projection originale consistant à alimenter tous les projecteurs laser d’un cinéma à partir d’une seule source de lumière.

Baptisée Illumina, cette solution s’adresse aux exploitants désireux de convertir plusieurs écrans d’un même établissement au laser sans changer les projecteurs. Cela, en recourant à la technique du retrofit qui consiste, très schématiquement, à retirer le bloc lampe du projecteur et à relier sa tête de projection à une source de lumière laser externe. La source unique de Power Technologies agrège plusieurs modules laser, d’une puissance unitaire de 13 000 lumens. La lumière qu’ils produisent est distribuée entre les projecteurs en fonction de la puissance que chacun requiert. Illumina est une sorte de « ferme » de sources laser, comme il existe des fermes de serveurs dont l’association permet d’héberger et de traiter de très grandes quantités de données numériques.

Cette solution permet d’adapter la puissance globale de la source aux besoins en lumière de chaque cinéma en faisant varier le nombre de modules laser. Une source Illumina peut fournir jusqu’à 250 000 lumens (pour donner un ordre d’idée, les projecteurs RGB les plus puissants développent environ 60 000 lumens). La durée de vie d’Illumina est de l’ordre 30 000 heures, quand elle est exploitée en permanence à pleine puissance.

L’offre de Power Technologies peut notamment intéresser les exploitants qui veulent bénéficier rapidement des avantages du laser (puissance lumineuse accrue, économies de fonctionnement), mais n’ont pas encore amorti leurs premiers équipements de projection numérique au xénon.

Toutefois, il convient de noter que la solution Illumina n’est pas encore totalement finalisée. Pour l’instant, elle n’est compatible qu’avec des projecteurs RGB de type 3P et ne le sera avec les modèles RGB 6P, technologie de loin la plus répandue, qu’à partir de la fin de l’année en cours.

La connexion en fibre optique – qui doit relier chaque projecteur à la source pour assurer le transport de la lumière – suscite en outre des interrogations. La fibre coûte très cher, environ 1 000 € le mètre d’après Cinemeccanica qui commercialise aussi une source laser externe, Lux, conçue pour alimenter un projecteur. À ce prix, le coût global de l’investissement peut être dissuasif si certaines cabines de projection sont très éloignées de l’endroit où est placée la source. S’y ajoute la question de la déperdition de lumière pendant son trajet dans le câble en fibre optique. Pour les promoteurs d’Illumina, il faudrait qu’elle soit transportée sur plusieurs kilomètres afin que la perte devienne significative. Tel n’est cependant pas l’avis des spécialistes de Cinemeccanica pour qui la longueur de la fibre doit être la plus courte possible.

 

Philips

Les fabricants de lampes xénon ne restent évidemment pas passifs face à l’essor du laser. Après Ushio il y a quelques mois, Philips a présenté à CinemaCon les sept premières lampes de sa gamme B-type dont la durée de vie garantie dépasse de 50 % celle des modèles équivalents lancés précédemment. Pour obtenir ce résultat, Philips a notamment remanié la cathode de ses brûleurs.

Philips avance un autre argument en faveur de la gamme B-type : ces nouvelles lampes peuvent être exploitées à 50 % de leur intensité maximale, ce qui permet de les utiliser à la fois pour les projections 3D et 2D, en ajustant au mieux la puissance dans chaque cas. Cet argument laisse toutefois sceptiques certains spécialistes qui jugent la plage de modulation de la puissance de ces nouvelles lampes pas significativement supérieure à celle des modèles précédents.

Mais il ne faut pas « cracher dans la soupe », l’augmentation de la durée de vie de 50 % n’est pas à négliger en terme de progrès, même si le prix des lampes a été lui aussi revu à la hausse. Cette offre peut-elle convaincre les exploitants de rester fidèles au xénon ? Philips affiche son optimisme : « The show always goes on » était le slogan qu’avait choisi le fabricant à CinemaCon.