Rencontres Animation Formation 2016 – L’animation française allie innovation et « plein emploi »

Il y a encore peu, les débouchés pour les jeunes diplômés des écoles de cinéma d’animation posaient question : trop de personnes formées pour un secteur encore trop restreint. 2016 et la mise en place de mesures fiscales incitant à la relocalisation ont visiblement bouleversé la donne : les studios peinent désormais à recruter et des besoins prégnants apparaissent dans un marché « en tension ». Les 8e Rencontres Animation Formation (RAF), organisées par le pôle image Magelis d’Angoulême, ont permis de mieux appréhender les enjeux de demain pour l’animation made in France.*
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Alors que la journée précédente des RADI, toujours organisée par Magelis, avait porté l’accent sur le nécessaire investissement en R&D pour résister à une concurrence toujours plus féroce, les deux jours des Rencontres Animation Formation ont tout naturellement mis en lumière les enjeux de formation dans un secteur au taux de recrutement important. En effet, après des années de doute et d’incertitudes sur l’emploi avec le spectre du chômage, le recrutement semble désormais difficile pour les studios. Et pas un ne semble épargné, quelle que soit sa taille.

Pour 2 Minutes, qui travaille principalement sur de la série TV tout en concevant le long-métrage « Zombillenium », « nous constatons sur le court terme une situation tendue avec des difficultés à monter des équipes. » Le studio a d’ailleurs choisi d’implanter un nouveau site à La Réunion qui dispose d’un « bassin d’emploi en devenir, avec une école (ILOI – l’École de l’Image et des Nouveaux Médias) membre du RECA qui forme des profils intéressants pour nos productions ».

Même constat de la part de Mikros Image – qui recrute près de 200 personnes sur son site parisien – ou encore d’Illumination MacGuff qui « pèse » actuellement quelque 900 personnes !

La notion de « plein emploi » a été diversement appréciée, mais souvent utilisée lors des RAF 2016. « On doit se réjouir de la réussite de ce travail de longue haleine », a résumé Jacques Bled (Illumination MacGuff), « et il faut désormais pérenniser cette stabilité et gérer cette croissance. Pour cela, nous devons être capables de nous projeter dans le temps ».

 

Un manque de profils techniques et d’encadrement

Les profils parmi les plus recherchés sont généralement à pourvoir dans l’animation proprement dite, mais également sur des postes de TDs (Technical Directors), ainsi que sur l’encadrement. « Plus les équipes grossissent, plus nous avons besoin d’encadrement », résume Gilles Gaillard (Mikros Image). À tel point que certains vont recruter en dehors du circuit des écoles d’animation : HEC, Essec ou Centrale. « Tout ce qui concerne l’IT, la maintenance, l’accompagnement, la R&D manque cruellement », souligne Jacques Bled.

TeamTO confirme un besoin majeur de « généralistes, chefs de projets et d’encadrement » tandis que CUBE pointe « une pénurie de lead, pénurie que l’on pallie par de la formation en interne ».

Face à ces évolutions rapides, les écoles tentent d’apporter des réponses adaptées en dépit d’une temporalité différente – besoins immédiats versus mise en place d’une pédagogie sur au moins trois ans pour les premiers effets. Ainsi, ATI Paris 8 voit arriver des candidats informaticiens qui veulent aussi travailler dans l’animation ; MOPA propose d’investir davantage dans la R&D afin de développer des profils mixtes. L’EMCA a ouvert une EMCA Academy, soit un an de spécialisation ouverte à tous les étudiants.

Par ailleurs, plusieurs dispositifs de formation avec une approche pragmatique existent déjà. Outre la convention industrielle de formation par la recherche (CIFRE), présentée durant les RADI, qui permet de structurer l’embauche de doctorants dans les studios via un partenariat tripartite entre le laboratoire de recherche, le doctorant et l’entreprise, les RAF ont mis en lumière la Préparation Opérationnelle à l’Emploi (POE).

Xilam a mis en place un tel dispositif pour son studio de Villeurbanne, ne parvenant pas à trouver sur Lyon les compétences suffisantes pour monter son équipe. « La POE offre l’avantage de former des professionnels dans une optique de productivité et de rendement. Ce dispositif nous a été proposé par Pôle Emploi et l’Afdas, qui contribue au financement de cette formation », explique Camille Wiplier, directrice des studios Xilam.

Tout en se félicitant de la « bonne santé » de l’emploi dans le secteur de l’animation, les professionnels présents lors des RAF 2016 ont mis en exergue la nécessité de se projeter au-delà de 2017 pour envisager les moyens les plus pragmatiques et efficaces de structurer ce secteur et pérenniser l’emploi. Réunir en un même lieu professionnels, responsables d’écoles et organisations représentatives pour établir un dialogue constructif n’est pas une mince affaire : les RAF y sont encore parvenues.

 

*Article paru pour la première fois dans Mediakwest #20, p.92Abonnez-vous à Mediakwest (5 nos/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur totalité.


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