Le micro canon Sanken CS-3e face à ses concurrents

Trouver des solutions convaincantes pour isoler une source sonore dans un environnement bruyant ou pollué acoustiquement est sans doute l’une des quêtes les plus récurrentes pour un professionnel de la captation son à l’image. Parmi les solutions proposées par les fabricants de microphones, figure le micro canon, un principe dont l’efficacité est souvent remise en question pour les fréquences medium et grave. Pour essayer de corriger ce défaut, le constructeur japonais Sanken (Import VDB) propose depuis une dizaine d’années déjà le CS-3e, un micro canon original équipé de trois capsules. Peu connu en France, nous l’avons comparé à quelques références...
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Publié le 24/12/2015

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Les fiches produits de la plupart des micros canon font souvent état d’une « excellente atténuation des sons hors axe ». Pourtant, quand on creuse la question, il est communément admis, parmi les spécialistes, que si la taille du tube d’interférence est inférieure à un mètre, cette atténuation chute drastiquement en dessous de 2 kHz, ce qui limite sérieusement leur efficacité. Face à ce constat, Sanken, alias « The world’s most original microphone maker » propose une approche différente avec un microphone canon dont la longueur (27 cm), reste compatible avec l’utilisation sur perche, mais dont la sélectivité se veut plus linéaire grâce à ses fameuses trois capsules. Alors qu’en est-il sur le terrain ?

 

Trois capsules ?

Contrairement à un micro canon standard où la capsule est placée derrière le tube, en regardant au travers des ailettes du Sanken CS-3e, on remarque la présence de nombreux composants. On touche là à la singularité de ce micro, car en effet, afin de parfaire la directivité du tube d’interférence, les créateurs du Sanken CS-3e ont placé, sur la partie avant, deux capsules en opposition de phase dont le rôle est de traiter les fréquences medium et basses en rejetant les sons hors axe tandis que la capsule placée derrière le tube prend en charge l’autre partie du spectre. Le signal est ensuite recomposé par filtrage.

 

Cs-3e vs MKH 416

Placé sur la même perche en duo avec un Sennheiser MKH 416, le Sanken affiche deux petits centimètres de plus tout en se montrant un peu plus léger (120 g contre 175 g), ce qui est toujours bon à prendre. De plus, la sensibilité annoncée de 50mV/Pa permet d’appliquer moins de gain sur la mixette que pour le MKH 416. Attention par contre au niveau maximum admissible de 120 dB SPL qui ne permettra pas au micro d’endurer les très fortes pressions acoustiques. Testé sur des prises en extérieur, on se rend compte que le CS-3e descend moins bas,  ce qui n’est pas forcément un handicap pour la captation son à l’image. Une fois passée dans Pro Tools, le plug-in Pure Analyser de Flux nous indiquera une chute nette en dessous de 40 Hz. Des prises musicales effectuées en intérieur nous le confirmeront et indiqueront que le CS-3e ne possède pas la bosse autour de 5 kHz de son concurrent. Malgré un comportement souvent proche, le Sanken offre tout de même plus de stabilité dans le rendu. Il est dénué de l’effet de proximité constaté sur le 416 où les basses fréquences sont renforcées à mesure que l’on se rapproche de la source, et le son est plus homogène en milieu réverbérant. On note également une meilleure sélectivité dans certains cas, notamment, si la pollution sonore est plutôt directive et riche en basses fréquences.

 

CS-3e vs M88

Nous confrontons ensuite le Sanken CS-3e au Beyer M 88, un micro bien différent, puisqu’il s’agit d’un dynamique hypercardioïde, mais qui est souvent jugé efficace pour isoler les prises de voix en environnement bruyant. Situé à une dizaine de mètres d’un arrêt de bus, nous tentons alors une interview dans ces conditions difficiles. A la ré-écoute, les bruits du moteur lorsque le bus est à l’arrêt sont plus atténués sur la piste du Sanken. D’une manière générale, on retrouvera une réelle efficacité avec d’autres perturbations sonores, là aussi à partir du moment où la source du bruit  que l’on cherche à amoindrir reste relativement directionnelle. Au final, sans être l’arme anti-pollution absolue, ce Sanken CS 3e reste un outil efficace qui offre la possibilité d’utiliser un statique de sensibilité respectable même dans des environnements difficiles. Un produit à découvrir, car injustement méconnu en France.

 

Tour d’horizon de l’offre

Même si fabriquer un micro canon homogène et de taille raisonnable est une aventure délicate, la concurrence ne manque pas sur ce créneau.

Outre le Sennheiser MKH 416, toujours fabriqué et qui au fil du temps en est devenu l’archétype, on trouve dans le haut de gamme de nombreux modèles fabriqués en Europe. Parmi eux figurent les Schoeps CMIT 5u, DPA 4017c, Neumann KMR 81 et Sennheiser MKH8060. Avec un prix situé autour de 1 300 euros HT, le Sanken CS-3ese place donc dans la partie supérieure du milieu de gamme tandis que, sous la barre des 1 000 euros, évoluent désormais de nombreux produits comme le Sennheiser MKH 416, la série NTG de Røde, l’Audio-Technica AT 897, l’ensemble Sennheiser K6/ME66 et les Sanken CS-1et CS-2. Parallèlement, la technologie numérique AES42 appliquée au micro canon est encore limitée au segment haut de gamme,  mais elle fait doucement son chemin chez des constructeurs comme Sennheiser (via le module MZD 8000), Neumann avec le KMR 81 D, tandis que Schoeps a développé en partenariat avec Illusonic le Super CMIT. Sur ce micro, la directivité est accrue grâce à la présence d’une deuxième capsule cardioïde orientée vers l’arrière qui permet d’atténuer le champ diffus via un processing numérique embarqué dont l’intensité est réglable.

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