À l’occasion du Paris Images / Micro Salon AFC 2026, Plaine Commune et plusieurs professionnels de la filière audiovisuelle ont partagé leurs retours sur une question - comment un territoire peut regrouper des acteurs impliqués pour faire de l’éco-responsabilité un choix de production ?
Michel Lorenzi, Président de CIN’OK et Directeur de la photographie – pour le compte de Ville de Saint-Ouen-sur-Seine
Alexandre Gavras, Producteur KG Productions – pour le compte de Ville de Saint-Ouen-sur-Seine
Rémi Préchac, Président Abside Groupe
Janie Loriault, Cofondatrice du Collectif Costume
Axelle Poulaillon, DGA Pôle Attractivité Plaine Commune © Denica TachevaPour commencer l’échange, Axelle Poulaillon, directrice générale adjointe en charge de l’attractivité Plaine Commune et animatrice de la conférence qui s’est tenu au Parc Floral à Paris ce 5 février, a posé le cadre : « Notre territoire veut accompagner la filière audiovisuelle et cinéma notamment en favorisant les initiatives durables et responsables de la filière. C’est dans l’ADN de Plaine Commune et c’est un atout pour les producteurs qui doivent désormais rendre des comptes concernant l’impact carbone des projets qu’ils accompagnent. »
À l’instar de Plaine Commune, toutes les collectivités peuvent peser sur la façon de produire, en accueillant des acteurs du développement durable ou de l’économie circulaire et en accompagnant leurs initiatives comme en témoigne cet échange…
Le territoire peut rendre les tournages plus sobres et plus fluides ?
« Nous exploitons les anciens studios. Ils ont la particularité d’être les plus proches de Paris. », souligne Rémi Préchac, président d’Abside Groupe. Or, quand un plateau se rapproche, une partie de l’empreinte carbone baisse immédiatement. Moins de camions. Moins de rotation d’équipes. « Grâce à notre localisation, nous pouvons résoudre une partie du problème écologique du transport. » se réjouit le président.
Mais Rémi Préchac ne vend pas de solution magique car “proche” ne veut pas dire “vertueux”. Un site “près de Paris” peut vite se transformer en hub qui fait circuler tout le monde dans tous les sens si l’écosystème manque autour. « Nous nous sommes rendu compte qu’il fallait aussi amener des services pour éviter d’être une machine à fabriquer de l’effet d’air. » ajoute le président d’Abside Groupe.
De fait, si l’atelier est à l’autre bout, si le stockage est ailleurs et que les prestataires sont dispersés, la production multiplie les allers-retours. Et ce sont ces trajets répétés, invisibles sur le plan de travail, qui finissent par plomber le bilan carbone.
Au delà de la proximité géographique…
« Un studio doit pouvoir rassembler sur place ce qui fait vraiment tourner une production, des ateliers aux phases de préparation, en passant par la “vie” du projet, y compris quand le tournage n’a pas encore démarré. » tranche Rémi Préchac qui a créé un « studio boutique ».
Qu’il s’agisse de décors, de services du quotidien , tout s’inscrit dans la même logique. Plus l’outil est complet, plus les conditions de travail stabilisent l’organisation et évitent les kilomètres inutiles.
On peut aussi noter que dans but de verdir les pratiques, il faut parfois éviter de repartir de zéro. « Le premier pas dans le développement durable c’est aussi souvent la préservation des outils. C’est déjà un acte écologique énorme. » souligne l’expert. Car comme il le rappelle, la transition ne se joue pas uniquement dans l’achat de solutions estampillées vertes, mais aussi dans le choix de conserver l’existant.
Le seuil studio-décor : « Il y a un sujet économique et un sujet écologique. »
Alexandre Gavras, producteur de KG Productions, lui, rappelle la hiérarchie priorités… « Les décisions sont d’abord artistiques. ». Le choix de studio ou de décor naturel ne se fait pas d’abord sur un bilan CO₂, mais sur ce que le film doit raconter et montrer. C’est avant tout un regard et une mise en scène. « Nous sommes dans une industrie de prototype. » ajoute-t-il. Ainsi, chaque projet part de zéro, avec ses contraintes propres. Il est donc impossible d’imposer une recette qui marcherait pour tout le monde.
Cependant Alexandre Gavras évoque un paramètre qui change l’équation : « Il y a un sujet économique et un sujet écologique. » D’où l’idée d’un point de bascule. « Après dix jours de mise en décor sur à peu près 200 mètres carrés, tout d’un coup il est plus intéressant d’aller en studio. » souligne le producteur de KG Productions. En outre, au-delà d’un certain volume, le décor naturel ne coûte pas seulement plus cher, il alourdit aussi les transports.
Réemploi, la seconde vie des costumes
Une autre problématique a été évoquée lors de cette conférence, celle des costumes. « Que faire de ses stocks ? »… Janie Loriault, cofondatrice du Collectif Costume, pointe cette autre réalité des plateaux de tournage. Les vêtements s’empilent et certaines finissent par se dégrader. Le Collectif Costume est né de ce gaspillage. La règle est simple : il s’agit de récupérer tout ce qui peut aider les costumiers.
Concrètement, l’association met les stocks en commun pour les faire circuler de projet en projet. Par ailleurs, elle récupère des dons et organise une sortie quand une pièce ne peut plus repartir. « Nous retirons certains déchets et nous les dirigeons vers les associations », affirme Janie Loriault, cofondatrice du Collectif Costume. L’idée est que ce textile soit réutilisé ou recyclé. « Nous cherchons encore des solutions. Le tableau reste incomplet, mais chaque costume réemployé évite une fabrication et allège la part de déchets à traiter. » confie-t-elle.
Enfin, il y a le volet de la transmission qui joue une carte forte. « Nous accueillons des stagiaires et leur apprenons le métier. » complète Janie Loriault. Car selon elle il faut ancrer ces réflexes dans les gestes du quotidien…